C’était donc ça que teasait le groupe sur ses réseaux hier. Le band de shoegaze irlandais My Bloody Valentine signe chez Domino Records et balance dans la foulée l’intégralité de son catalogue en digital. À cette occasion, voici quelques extraits de l’interview de son créateur Kevin Shields par JD Beauvallet, à retrouver dans le Tsugi 139 le 2 avril en kiosque et en ligne.
Voilà de quoi garnir vos playlists avec une bonne dose de rétro-clacissisme, de rock anglais et de guitares qui ont déraillé. Le band psyché My Bloody Valentine, composé de Bilinda Butcher, Kevin Shields (tout deux au chant), Deb Googe et Colm Ó Cíosóig est un groupe phare des années 80, entre rock et électronique, et l’un des plus novateurs de ces quarante dernières années. Après de probables déboires avec son précédent label qui empêchaient sûrement la digitalisation de son travail, il vient de signer chez Domino, et de publier l’intégralité de son catalogue totalement remasterisé en digital.
Heureux parents des albums Isn’t Anything sorti en 1988, Loveless en 1991, et de la compile ep’s 1988-1991 and rare tracks, le quatuor qui submerge les sens réapparaissait en 2013 avec un album très mélodique, plus intime et viscéral que les précédents : M B V. Entièrement masterisés à partir de sources analogiques, et de nouvelles sources numériques haute définition, tous leurs albums, témoins de la naissance d’un nouveau souffle dans la production musicale sont désormais disponibles à grande échelle pour la première fois. Mieux encore, des versions physiques de chaque album seront rendues disponibles dès le 21 mai 2021, et sont dès à présent à choper en précommande.
« Tout ce qui comptait à mes yeux était de terminer cet album qui me hantait, dont je savais qu’il était unique. »
Quand vous avez terminé, lessivés, l’enregistrement de Loveless en 1991, pensais-tu que tu en parlerais encore et toujours trente ans après ?
J’avais conscience de l’éternité de cet album. Mais en 1991, j’imaginais qu’en 2021, on vivrait sur la Lune ou sur Mars. Pas qu’on parlerait sur Terre de Loveless. Je venais juste, dans ma tête, d’achever un album qui m’obsédait depuis longtemps. Et il ressemblait à ce que j’avais entendu dans mon cerveau. Malgré les circonstances désastreuses de l’enregistrement, la musique en est sortie intacte.
Quelle a été la situation la plus tendue ?
Plusieurs fois, nous avons littéralement kidnappé nos propres bandes. C’étaient les masters, des grosses bandes, dont il n’existait aucune copie de sauvegarde. Il n’y avait pas encore d’ordinateurs dans notre gamme de studios. Des mois d’enregistrements étaient donc consignés sur ces bandes. Dès le début, notre label Creation a commencé à laisser des ardoises dans les studios, qui menaçaient de saisir nos bandes. Nous étions obligés de les embarquer en pleine nuit. Un soir, un technicien du studio s’en est rendu compte, il nous a poursuivis, nous nous sommes battus dans la rue, les bandes sont tombées et se sont déroulées sur le goudron… Comme si ça ne suffisait pas, notre batteur Colm a été expulsé de son squat et a ensuite passé des nuits à chercher un nouveau lieu vide à investir. Du coup, il ne jouait plus. Et ça ne s’est pas arrangé quand il a développé une grave maladie à une jambe.
« Les gens s’imaginent que nous avons passé des années à expérimenter. Ça n’a en fait duré que l’été 1990. »

©Paul Rider
Quels étaient vos rapports avec votre label ?
Nous avions signé avec eux, plutôt qu’avec des majors qui nous offraient beaucoup plus d’argent, car ils nous garantissaient sur le papier le contrôle absolu de notre musique. Mais notre avance ne nous permettait même pas de vivre au quotidien. Colm (batteur) est devenu sans-abri, Bilinda (guitariste & chanteuse) et moi vivions dans un logement social. Tout ce qui comptait à mes yeux était de terminer cet album qui me hantait, dont je savais qu’il était unique. Il était d’ailleurs quasiment fini au bout de six mois. Les gens s’imaginent que nous avons passé des années à expérimenter. Ça n’a en fait duré que l’été 1990.
Tu viens de passer des mois à remastériser tes albums. Qu’as-tu appris ?
C’est la troisième et sans doute pas la dernière fois que j’y reviens… Je suis surpris à chaque fois. J’ai compris en réécoutant Loveless pourquoi tant de gens le trouvaient bizarre. Je me suis demandé si nous n’étions pas alors trop radicaux, trop agressifs. Mais je ne pouvais plus rien changer, beaucoup des imperfections étaient délibérées. J’ai fait deux nouveaux masterings pour Loveless. L’un m’a pris deux heures, il suffisait de monter le niveau général de deux décibels. L’autre m’a demandé, en partant des bandes originales, six mois de travail. S’il y a une leçon à tirer de l’aventure Loveless, c’est de ne jamais plus enregistrer dans un studio qui ne m’appartient pas. C’est ce que j’aime aussi chez les musiciens électroniques : ils bossent tous dans leur propre espace. Mon studio fait partie de ma musique, c’est un lieu très personnel. Mon studio, mes chiens, ma musique : ça suffit à mon bonheur. Je suis comme un vieillard, mes plaisirs sont simples. […] Là, aujourd’hui, nous travaillons ensemble sur de nouvelles chansons.
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Retrouvez l’interview intégrale dans le Tsugi 139, le 2 avril en kiosque et sur la boutique en ligne
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