Sobre Weather : sans alcool la fĂȘte est plus folle

par | Mai 3, 2019 | Magazine

AprĂšs deux ans et demi d’absence le Weather Festival marquait son grand retour samedi 27 avril. Dans une version Ă  taille humaine et avec une proposition artistique moins focalisĂ©e sur les superstars de l’électro – que l’on voit dĂ©jĂ  dans tous les gros rassemblements europĂ©ens aux programmations monotones et sans risque. Un arrĂȘtĂ© municipal de derniĂšre minute a toutefois limitĂ© la vente d’alcool au sein de l’évĂ©nement, faisant fuir ceux pour qui la qualitĂ© musicale n’était pas la prĂ©occupation premiĂšre. Une Ă©dition sobre donc, dans tous les sens du terme. Et c’était plutĂŽt chouette.

L’occasion pour nous de dĂ©couvrir La Seine Musicale, nouvel espace ouvert il y a deux ans du cĂŽtĂ© de Boulogne Billancourt et qui n’avait jusqu’à prĂ©sent pas proposĂ© d’évĂ©nements nocturnes de cette ampleur. Le bĂątiment ressemble Ă  un gigantesque paquebot posĂ© sur l’Ile Seguin, un lieu bien connu des habituĂ©s du Weather puisque ayant accueilli le closing de l’édition 2014 avec l’incroyable performance de Three Chairs – Moodyman, Theo Parrish et Marcellus Pittman. Il faut dire que le « Manifeste » publiĂ© quelques semaines en amont de l’évĂ©nement nous avait bien allĂ©chĂ©s. Quand tant de gros festivals se contentent de booker sempiternellement les 30 mĂȘmes tĂȘtes d’affiches – pour qui le Djing semble ĂȘtre devenu une forme de rente Ă  base d’autosync plutĂŽt qu’une affaire de passion – le Weather se propose lui de « dĂ©fricher » et de « ramener des grands noms vraiment impliquĂ©s ». On dit oui, oui et mille fois oui. Ainsi le dĂ©but de soirĂ©e est dĂ©diĂ© Ă  l’IDM et aux lives audio-visuels, des performances que l’on ne trouvera jamais dans le genre d’évĂ©nements prĂ©citĂ©s. Premier Ă  entrer en scĂšne l’allemand Carsten Nicolai aka Alva Noto pour un live autour de son dernier album UNIEQAV. Celui-ci nous conquit rapidement avec son IDM tantĂŽt musclĂ©e, tantĂŽt plus mĂ©lodique, toujours parfaitement ciselĂ©e, tandis que la salle principale de la Seine Musicale se remplit doucement. On est d’ailleurs impressionnĂ©s par la topographie des lieux, dĂ©barrassĂ©s de leurs habituels gradins, avec la sensation de se retrouver au cƓur d’un immense vaisseau spatial. On remarque aussi d’emblĂ©e que les Ă©quipes du Weather ont mis le paquet sur la sonorisation, impeccable et prometteuse pour la suite des Ă©vĂ©nements. Cet aspect science-fiction se poursuit avec le live suivant, celui de Lanark Artefax qui se dĂ©roule de l’autre cĂŽtĂ© de la salle. CachĂ© derriĂšre un monolithe Ă©mergeant d’une brume artificielle sur lequel viennent bientĂŽt se projeter des visuels futuristes, le britannique propose une IDM plus contemplative et barrĂ©e, ponctuĂ©e de dĂ©flagrations en mode infrabasses qui vous prennent aux trippes. DĂ©coiffant.

Lanark Artefax ©Rémy Golinelli

Sans alcool la fĂȘte est plus folle

AprĂšs ces presque deux heures consacrĂ©es Ă  l’électronique expĂ©rimentale on cherche Ă  se rafraĂźchir un peu avant de basculer en mode dancefloor. C’est lĂ  que l’on comprend qu’il y a un sĂ©rieux problĂšme au niveau des bars. Ceux situĂ©s Ă  l’intĂ©rieur du bĂątiment ont interdiction de vendre de l’alcool – y compris de la biĂšre – et ceux Ă  l’extĂ©rieur sont logiquement pris d’assaut. Renseignement pris, cela est dĂ» Ă  un arrĂȘtĂ© municipal de derniĂšre minute qui a pris les Ă©quipes du Weather de court. Pire, une interdiction totale de vente d’alcool est annoncĂ©e entre deux heures et cinq heures du matin. Cette derniĂšre fera fuir une partie des festivaliers – les moins motivĂ©s – entre 1500 et 2000 selon Le Parisien, soit entre un quart et un tiers des personnes prĂ©sentes. On compatit pour les organisateurs pour qui le prĂ©judice financier risque d’ĂȘtre important tout en se disant Ă©goĂŻstement qu’on aura plus de place pour nous. Tandis que des jeunes gens trĂšs lookĂ©s se dĂ©chainent dans la Boiler Room – avec entre autre OKO DJ, Park Hye Jin et Kosh – on profite du set de Deena Abdelwahed qui a dĂ©cidemment un son trĂšs personnel, que ce soit sur son album ou lors de ses DJ sets. Une techno Ă©thĂ©rĂ©e aux influences bass music, tribales, orientales et dub.

Deena Abdelwahed ©Rémy Golinelli

Elle est suivie par le bulgare Kink dont on connait dĂ©jĂ  les lives trĂšs Ă©nergiques et ludiques. Naviguant entre house et techno aux sonoritĂ©s old-school il se dĂ©chaine derriĂšre les machines durant prĂšs de 2h30 – quel performer ! On fait aussi des allers-retours vers la salle du bas, qui avec ses piliers et ses baies vitrĂ©es donnant sur la Seine ressemble Ă©trangement Ă  Concrete. On y dĂ©couvre le live des français Pilotwings, trĂšs Ă©clectique, abordant la house sous ses angles bass music, dub, breakbeat voir italo-disco. On reste aussi pour le back-to-back entre Octo Octa et Eris Drew pour une house qui retourne le dancefloor mais que l’on trouve un peu trop conventionnelle – trĂšs influencĂ©e par les scĂšnes anglaise et new-yorkaise. A moins que ce ne soit la fatigue qui se fasse dĂ©jĂ  ressentir. Ou le manque de biĂšre. Djrum refermera cet espace avec un breakbeat acid assez Ă©nervĂ©, limite jungle. Du son qu’on entend que trop rarement et qui fait du bien. A l’étage supĂ©rieur dans la grande salle Daniel Avery dĂ©roule une techno futuriste, mentale et efficace qui satellise tout le monde. Avant de laisser la place au duo français Luxor – Antigone et Shlomo – pour un live de techno frontale Ă  140 BPM.

Luxor ©Rémy Golinelli

Il est dĂ©jĂ  7h du mat. L’heure pour nous d’abandonner les derniers danseurs Ă  leur joyeux sort. L’heure aussi de faire le bilan. Un Weather rĂ©ussit Ă  bien des Ă©gards – logistique, artistique – et dont on espĂšre qu’il ne sera pas trop pĂ©nalisĂ© par ce triste imbroglio autour de la vente d’alcool. Car des festivals de cette exigence qualitative, il n’y en a pas tous les jours Ă  Paris.

Les articles similaires

By
tsugi 165
Nov 08 2023

Culture Clubs : oĂč va le clubbing ? Le Tsugi 165 est dispo đŸ—žïž

Tsugi 165, Culture Clubs : dispo Ă  la commande et dans tous les kiosques !   Évidemment, le rĂŽle supposĂ© d'un magazine musical n'st pas de commenter l'actualitĂ©....
wofi kiviak
Nov 06 2023

Tech : le trÚs gros succÚs de Kiviak pour son clavier sampler connecté WoFi !

Il leur reste jusqu'au 16 novembre pour... préparer tranquillement sa sortie. La date maximale, au tout ou rien, du Kickstarter dédié à la nouvelle machine de Kiviak...
kid francescoli
Oct 26 2023

Une nuit au Sziget Festival avec Kid Francescoli

On peut parier que le Marseillais, inlassable arpenteur des salles et des festivals de la planÚte, va encore rameuter la foule avec son nouvel album au délicieux charme...
By
simo cell
Oct 26 2023

Simo Cell, le sens du rythme | Portrait + chronique ‘Cupside des sirĂšnes’ 💿

Longtemps prĂ©sentĂ© comme le plus anglais des producteurs français, le Nantais Simo Cell a traversĂ© des pĂ©riodes de doutes et de remises en question. Une quĂȘte de sens...