Et si 2022 était l’année de Jwles ? Le rappeur de Seine Saint-Denis « taffe dure dans l’uzine » et a sorti deux EP’s en quasiment un mois. Pour les deux derniers projets, la formule reste (pratiquement) inchangée : un flow DMV et des prods taillées sur-mesure par le virtuose Mad Rey, parfois épaulé par le talentueux V900. Juste un moment est le dernier projet de Jwles, fraîchement sorti le 15 avril.
Souvenez-vous. Il y a près d’un an, le producteur parisien Mad Rey rejoignait les couleurs d’Ed Banger. Chez Tsugi, on se risquait à une analogie encore plus corsée que le café de votre grand-mère, relevant qu’il suivait là les pas d’un certain DJ Mehdi. Si ça ne fait pas sens de comparer la carrière de deux artistes qui ne se sont jamais croisés, les coïncidences sont là. Les deux sont -ou ont été- DJ et producteurs de musiques électroniques, mais également beatmakers pour une scène émergente du rap français. Le 113 a pu profiter du talent de DJ Mehdi…
Mais qui pour profiter de la science de la funk de Mad Rey ? Jwles. Le rappeur de Seine Saint-Denis compte aussi sur le producteur V900 sur son second EP, intitulé Juste un moment. Il succède à Parizin, où Mad Rey s’est déjà fait remarquer notamment sur la production du tube « Argentine ». Sur un instrumental breaké, Jwles démontre sa maitrise de la mélodie et du DMV flow. Kessecé le DMV flow ? Une façon de rapper particulière, qui trouve racine dans les états de District of Columbia, du Maryland et de Virginia. Le rappeur pose son texte souvent de manière monotone, avec un débit relativement rapide. Pour accentuer cette idée de répétition et de célérité, les rappeurs séquencent la pose de leurs textes lors de leurs passages en cabine. Certains ajoutent des « overlaps », faisant débuter leurs phrases légèrement à cheval sur la fin de la précédente. Si sur Parizin, Jwles use déjà de ce type de flow, c’est bien sur son dernier projet Juste un moment que le parisien l’assume le plus.
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Qui est Jwles le rappeur tout-terrain au flow inoxydable ?
Sur leurs deux derniers projets, Mad Rey et Jwles, accompagnés de V900, laissent entrevoir une vraie osmose producteur-rappeur. Une relation de confiance qu’on constatait déjà sur les titres « Lesotho » et « Uzine » dans lequel la house funky de Mad Rey se fait particulièrement ressentir. Pour revenir au dernier EP Juste un moment, le morceau « Doudoune » a aussi de quoi satisfaire les fidèles de Mad Rey. Toujours avec un flow type DMV, Jwles débite à vive allure sur l’instrumental house du producteur en utilisant une recette récurrente dans ses lyrics : une savoureuse alternance d’humour et de punchlines aiguisées bourrées de références. Voyez plutôt : « Je lui suce les tétons mais c’est pas pour le lait », ou ici : « Parfois j’ai envie de câbler comme Toni Musulin ». L’une des particularités de Jwles repose aussi dans la construction de ses schémas de rime.
Dans la majorité de ses morceaux, le rappeur n’a pas peur d’appuyer plusieurs fois sur la même rime, quitte à l’user. Provoquant au passage un effet de répétition, qui accentue l’impression de rapidité de ses morceaux. Cette astucieuse façon de poser son texte permet également de laisser plus de liberté au rappeur pour soigner ses mélodies. Et au passage, ne pas tomber dans le cliché des sonorités trop monotones avec les mêmes rimes, les mêmes sonorités qui déplaisent tant aux détracteurs et non-initiés du DMV flow. Jwles ne se repose pour le moment que sur des projets courts, 1 à 5 titres maximum. Un format qui semble plutôt lui réussir, et qui correspond à son aisance à sortir de véritables tubes. Vivement le prochain d’ailleurs ! Jwles reste l’un des artistes du rap francophone qu’il faut impérativement garder à l’oeil. Tout comme Mad Rey, en fait. Checkez leur clip pour « Juste un moment », juste ici :