NOUVEAUX FUTURS, ce qui sort aujourd’hui, ce qui s’écoutera demain. La playlist multi-plateformes de Tsugi sur le thème des musiques contemporaines et d’avenir, curatée et commentée tour à tour par les artistes. Cette fois, c’est au tour de la « noisicienne » anglaise Paula Temple de partager ses coups de cœur récents, et les artistes qui, selon elle, vont changer les choses.
Les 17 et 18 septembre, le festival Dream Nation fera son retour au Bourget. Et parmi une programmation énorme, il est toujours plaisant de savoir que Paula Temple sera de la partie (en B2B avec le mystérieux berlinois SNTS). La « noisicienne » anglaise – comme elle se définit – aujourd’hui basée à Amsterdam, produit depuis bientôt 20 ans une techno industrielle puissante, du genre qui traverse de part en part pour ne laisser derrière elle qu’un hébétement heureux. Engagée contre toutes formes d’oppression, elle a quitté l’industrie musicale durant six ans dans les années 2000, dégoûtée par la misogynie du milieu. Après avoir enseigné les outils de production et de mix aux enfants défavorisés, elle fait son retour en 2012, publiant deux EPs sur le label R&S puis celui de Modeselektor. Après avoir créé sa propre structure, Noise Manifesto, à même d’incarner le changement qu’elle souhaite voir venir, elle publie enfin un premier album en 2019, Edge Of Everything, tout en participant aux meilleurs festivals d’Europe. En attendant de savoir ce qu’elle réserve le 17 septembre, elle nous dévoile ses espoirs pour l’avenir.
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Aho Ssan – Outro
En tant que « noisicienne » revendiquée, et avec un label qui s’appelle Noise Manifesto, je pense qu’il est assez évident que j’aime la noise music. Mais il faut tenir compte du fait que je suis très exigeante ; le bruit doit signifier quelque chose, je dois ressentir quelque chose de profondément bouleversant, même si c’est un sentiment très abstrait. Donc je démarre cette playlist avec une de mes grosses découvertes artistiques récentes : Aho Ssan. Son album Simulacra est un chef-d’œuvre. De la belle noise, sensible, parfois frontale, puis délicatement en retrait l’instant suivant.
Meta – The Yearning Of Ilona
C’est un artiste que j’ai découvert dans un podcast d’Eomac. Encore une fois, c’est un morceau de noise si touchant que je voudrais l’écouter même après ma mort.
Femanyst – CyberSista
Femanyst produit une incroyable techno hardcore/gabber tordue. Elle a sorti un très bon disque sur notre label Noise Manifesto en 2018. Je recommande son nouvel EP, qui n’est pas sur Spotify, intitulé Cloaka. C’est son meilleur maxi à ce jour, il parle du fait d’être gender neutral, non binaire et d’androgynie. Allez aussi voir son label Dark Carousel, qui signe des tas d’artistes passionnants comme Overclocked ou Peter Kirn. Femanyst a aussi fait un super set durant la journée des Nuits Sonores que je programmais en 2018. J’aimerais la voir dans plus d’événements français, surtout après le désastre du Covid, et le danger que représente les programmations de festivals de plus en plus tournées vers des artistes de techno mainstream, souvent hétéronormés. Notre scène a affiché son soutien au mouvement Black Lives Matter, il s’agit maintenant de le prouver. Programmez plus d’artistes noirs !
Ayako Mori – Louder
Elle a un morceau incroyable à venir sur Gegen Records, fin septembre, et je lui ai demandé de sortir un disque sur Noise Manifesto, l’année prochaine j’espère.
Øtta – Holy Jane
Ce titre vient du WOMXN EP (What’s your type?), sorti récemment sur Possession. Elle représente parfaitement cette nouvelle vague talentueuse de la techno, et ce disque est épique !
Samantha Togni – Fate By Dictation
Je joue ce morceau dans tous mes sets, en ce moment. C’est de la techno qui cogne, parfaite, avec en plus sa voix punk. J’ai eu la chance de la rencontrer à la soirée organisée par Gegen à Londres il y a deux semaines.
Cocktail Party Effect – Deerhorn
Cocktail Party Effect est un ami que j’ai rencontré quand je vivais Berlin. C’est sans doute la personne la plus gentille que j’aie jamais rencontré. Je n’aurais jamais imaginé, il y a huit ans, qu’il produirait un morceau aussi génialement fou que « Deerhorn ». De la pure créativité.
Perera Elsewhere – Weary (Chino Amobi Remix)
Un de mes remixes préférés de tous les temps (du moins de mes 44 années d’existence). Chino Amobi a remixé l’artiste de doom folk et amie, Perera Elsewhere. Ce n’est pas un simple remix, c’est le véritable chapitre suivant de « Weary ». Les paroles et la voix de Chino sont si puissantes, dans leur critique de la violence coloniale, si vitale dans cette époque où les affronts de la part de l’Europe, l’Amérique, la Chine ou la Russie se poursuivent. Je recommande également un morceau plus récent de Chino Amobi, « The Dutch Angle », un titre sombre, sans beauté, et qui fait réfléchir. J’ai fait un triste constat – même pour moi qui ait un pied dans la techno underground et l’autre dans de gros festivals – que l’on reste généralement trop silencieux sur le racisme, l’exploitation et l’esclavagisme moderne. Facebook et Google nous poussent à donner du crédit à un monde illusoire de likes dénués de sens alors qu’ils gagnent une fortune insolente à partir de l’argent sale des discours racistes. J’aimerais tant qu’on arrête d’avoir recours à ces entreprises, et qu’on se penche réellement sur les vrais problèmes. En quoi cela concerne-t-il la techno ? Eh bien, il faut être honnête dans notre critique… Y a-t-il une réelle diversité dans la techno aujourd’hui, qui permette à des artistes de vivre ? Je parle d’une véritable justice économique, pas juste de quota ethnique.
Moor Mother – Deadbeat Protest
C’est le premier morceau que j’ai entendue de Moor Mother, il y a plusieurs années. Comme elle est une artiste et activiste vitale, je l’ai invité à Nuits Sonores en 2018. Elle fait tout à la fois : afro-futurisme, noise, jazz, rap, punk… en plus de faire des collaborations incroyables avec DJ Haram et Black Quantum Futurism sous le nom de 700 Bliss. J’attends avec impatience son nouvel album, Black Encyclopaedia of the Air, qui sort le 17 septembre.
Backxwash – I Live Here Buried With My Rings And Dresses
Bon sang, ce morceau de Backxwash ! J’adorerais passer ses sons dans mes sets d’indus lourde. Peut-être pour la prochaine édition du Katharsis. Son album God Has Nothing to Do With This Leave Him Out of It vaut également le détour.
Sentimental Rave – Give Me Pain
Sentimental Rave est une de mes DJs préférés. « Give Me Pain », avec Nadsat, représente parfaitement son style.
Gabber Modus Operandi – Balap Liar
J’ai vu Gabber Modus Operandi au festival Unsound en 2019, ils ont fait le meilleur set haut la main.
Somniac One – Hard Synths 92
J’ai rencontré Somniac One pour la première fois à Rotterdam, et elle m’a envoyé plusieurs morceaux dont « Kill Everyone ». Ils sont tous excellents, mais trop durs pour moi. En revanche, j’ai hâte de jouer ce titre-là, qui est tout nouveau.
[KRTM] – Popface
Il m’a envoyé son album l’air de rien, et c’est monstrueux. Il y a près de 30 pistes, et elles ont toutes un haut niveau d’exigence, tant en termes de folie pure que de production techno hardcore, en plus d’avoir des traces du génie d’Aphex Twin pour les mélodies et l’humour.
Pour le reste de la playlist, Insect est extrême ; Peder Mannerfelt est drôle ; SNTS est mon jumeau sombre ; Killawatt et Manni Dee sont un choix parfait avec « Post Neon Deep Core Artefact » ; Linn Elisabet a un excellent équilibre entre techno et ambiance. J’ai joué « Burden Of Eternity » de Kor et « No Time, No Fun » de Capon au Kompass Open Air en Belgique, et les deux morceaux ont une superbe progression. Nigh/t\mare, Noform et Second Spectre sont trois artistes de dark ambient formidables, avec une vision gothique et cinématique. Je recommande Katharsis, le nouvel album de Nigh/t\mare qui sort le 10 septembre. Et je conclus avec une compilation qui inclut beaucoup d’artistes que j’aime. Elle s’intitule For Beirut: The End Of Corruption. C’est ce que j’aime le plus mettre en avant dans notre musique et notre scène : notre capacité à se réunir, surtout dans les moments de grande adversité.