Ă l’occasion de la sortie aujourd’hui de son premier album Born A Loser sur Ed Banger, rencontre avec Myd, un drĂŽle d’animal.
AprĂšs la fermeture (provisoire ?) du Club Cheval, Quentin Lepoutre, alias Myd, a trouvĂ© refuge sur Ed Banger pour une sĂ©rie de maxi house-pop qui se prolongent aujourdâhui avec le trĂšs rĂ©ussi Born A Loser. Un album rafraĂźchissant comme un cocktail en Ă©tĂ©, ce qui nâempĂȘche pas une goutte de mĂ©lancolie. DĂ©concertant de gentillesse et de simplicitĂ©, il est au naturel comme dans ses clips, mais sâil sâest mis Ă nu durant cet entretien, câest uniquement au figurĂ©.
« Franchement, câest un rĂȘve de gosse dâĂȘtre sur Ed Banger. »
On tâa connu au sein dâun groupe, Club Cheval, quâest-ce qui tâa poussĂ© Ă te lancer dans lâaventure de lâalbum solo ?
En rĂ©alitĂ©, jâai toujours eu un projet solo. Club Cheval a Ă©tĂ© montĂ© sur ce principe, quatre individus avec des univers trĂšs diffĂ©rents qui sâassocient sans occulter leur vocation solo. Mais rapidement Club Cheval a pompĂ© toute notre Ă©nergie et nos projets en solitaires sont passĂ©s au second plan. Nous nâavions plus le temps. Dâautant quâon passait toute notre vie ensemble. Et puis, une fois lâalbum sorti en 2016, on sâest donnĂ© un peu temps pour rependre en main nos diffĂ©rents projets. Ă tel point que quand on a tentĂ© de travailler ensemble Ă nouveau, cela ne marchait plus de la mĂȘme maniĂšre. Chacun proposait des choses qui ressemblaient Ă ce quâil faisait en solo. On ne retrouvait plus lâidentitĂ© Club Cheval. Si le groupe doit renaĂźtre, ce sera uniquement quand nous aurons chacun fait le tour de nos possibilitĂ©s en solo.
Il sâest passĂ© peu de temps entre la sortie de lâalbum de Club Cheval en 2016 et le maxi All Inclusive en 2017, qui est le point de dĂ©part de ce disque. Et tu as vite trouvĂ© ce que tu avais envie de raconter avec Myd ?
Cela faisait un moment que jâavais en tĂȘte un mĂ©lange entre la musique que jâĂ©coutais chez moi, câest-Ă -dire du folk et de la pop indie, et mes influences house, notamment celles de la french touch. Jâavais envie de guitare. Le point de dĂ©part de All Inclusive et de cet album solo est le remix que jâai fait de « Ibifornia » pour Cassius. Je les ai dĂ©marchĂ©s en leur disant : « Laissez-moi faire, jâai une idĂ©e. » Câest comme ça que jâai travaillĂ© pour la premiĂšre fois avec un guitariste et que jâai enregistrĂ© ce son de corde un peu « crunchy ». Ce remix Ă©tait aussi une maniĂšre de faire un appel du pied Ă Pedro pour lui dire que jâavais envie de travailler avec Ed Banger. Mais quand le maxi All Inclusive est sorti, jamais nous nâavions imaginĂ© que « The Sun » allait avoir autant de succĂšs.
« Si le groupe doit renaßtre, ce sera uniquement quand nous aurons chacun fait le tour de nos possibilités en solo. »
Ed Banger Ă©tait la seule maison de disques avec qui tu voulais travailler ?

©Alice Moitié
Jâai toujours aimĂ© travailler en famille. Club Cheval Ă©tait une famille, les labels Bromance et Marble aussi. Jamais, pour ma musique en solo, je nâai eu de relations uniquement « professionnelles » avec mes labels. Des maisons de disques « familiales », capables de me laisser composer en toute libertĂ© une musique aussi hybride, il nây en a pas beaucoup. Franchement, câest un rĂȘve de gosse dâĂȘtre sur Ed Banger.
Tu dis que ta musique nâentre pas dans les cases. Comment est-ce que tu la dĂ©finis toi-mĂȘme ?
Pour moi, câest juste de la musique Ă©lectronique. Dâabord parce que jâutilise le sampling et que la plupart de mes morceaux sont plutĂŽt dansants. Câest de la musique Ă©lectronique « indie », câest-Ă -dire de la dance music artisanale et non calibrĂ©e.
Ă lire Ă©galement
Myd : l’interview qui dĂ©mĂ©nage
ConcrÚtement, comment as-tu réalisé ce disque ?
Jâai dâabord fait des maquettes dans mon studio que jâavais dĂ©pouillĂ©es Ă lâextrĂȘme pour ne pas ĂȘtre polluĂ© par des machines inutiles. Ensuite jâai fait les maquettes en jouant la guitare moi-mĂȘme. Avant dâinviter des guitaristes Ă rejouer mes parties. Quant Ă la voix, la plupart du temps câest la mienne.
On sent lâinfluence de Metronomy sur certains titres, jâimagine que tu ne la renieras pas ?
Tout Ă fait. Câest de la pop fait de bric et de broc. Jamais parfaite, jamais lisse, mais vivante. Jâai besoin quâil y ait des accidents durant lâenregistrement, que la musique conserve une dimension bricolĂ©e pour quâelle reste Ă©mouvante.
« Il y a toujours un accord triste qui vient te dire « nâoublie pas que cette musique a Ă©tĂ© composĂ©e par un Français romantique ». »
Le terme tâagacera peut-ĂȘtre, mais il y a un cĂŽtĂ© « feel good » dans ce disque, câest un album euphorisant je trouve. Avais-tu la volontĂ© de faire une musique qui rende heureux ?
Je ne dirais pas que câest une volontĂ©. En tant que musicien, jâai commencĂ© Ă me sentir heureux quand jâai arrĂȘtĂ© de me dire « il faut que fasse ceci ou que ma musique sonne comme cela ». Cela va peut-ĂȘtre paraĂźtre un peu simplet, mais je suis quelquâun qui aime vraiment le soleil, la nature, la plage, les vacances. En Ă©crivant « The Sun », je ne me suis pas dit : « Il faut que je fasse une chanson qui va Ă©voquer lâĂ©tĂ© et les vacances. » Câest venu beaucoup plus naturellement. Si, tous les Ă©tĂ©s depuis 2017, on a un pic dâĂ©coute de « The Sun », câest parce que les gens trouvent que ce morceau leur Ă©voque des choses agrĂ©ables. Cette Ă©motion solaire est celle que je ressentis moi-mĂȘme en Ă©crivant le morceau. Je ne calcule pas. De toute maniĂšre, je nâai pas une personnalitĂ© « dark » et cela sâentend dans ma musique. Ce qui nâempĂȘche pas quâelle ait aussi une dimension mĂ©lancolique. Câest trĂšs français, cette touche de mĂ©lancolie. La pop française, que ce soit celle de Michel Berger ou des Daft Punk, nâest jamais unidimensionnelle. Elle nâest jamais uniquement heureuse, il y a toujours un accord triste qui vient te dire « nâoublie pas que cette musique a Ă©tĂ© composĂ©e par un Français romantique ». Câest aussi valable pour ma propre musique.
Ă Ă©couter Ă©galement
Pour les vacances : la playlist ultime

©Alice Moitié
Tu es fan de Michel Berger ?
Oui, bien sĂ»r. Ce sont des Ă©motions qui me parlent, câest de la musique que jâĂ©coute.
Lâhumour me semble trĂšs prĂ©sent dans ton disque, mais aussi dans tes visuels. On a lâimpression que tu ne veux surtout pas te prendre au sĂ©rieux⊠Mais est-ce que ce nâest pas un piĂšge de sâenfermer dans une image un peu comique ?
Oui, câest vrai, jâai dĂ©cidĂ© que mes blagues allaient faire partie de mon projet musical. Ma musique me ressemble, elle est 100 % ce que je suis. Mais câest une question de dosage, si tu dĂ©cides dâĂȘtre rigolo, il faut que ta musique soit faite avec dâautant plus de sĂ©rieux. Sous prĂ©texte que le clip est drĂŽle, il ne faut pas transiger sur la qualitĂ© de la musique.
« Jâai Ă©tĂ© un Club Cheval durant six ans, je nâĂ©tais pas malheureux, mais aujourdâhui jâen suis libĂ©rĂ© et je laisse sâexprimer une autre facette de moi-mĂȘme. »
Quand on regarde les photos de presse de lâalbum de Club Cheval, oĂč tu avais un look particuliĂšrement austĂšre, et celles de ce disque, on se demande si on a affaire Ă la mĂȘme personne. Qui est le vĂ©ritable Myd ?
Les deux. Ă lâĂ©poque ma vie Ă©tait entiĂšrement dĂ©vouĂ©e Ă Club Cheval. Ce nâest pas pour rien si notre album sâest intitulĂ© Discipline. Durant six ans nous avons dĂ©cidĂ© de nous consacrer entiĂšrement Ă ce projet, en nous astreignant Ă passer nos vies en studio pour travailler sans relĂąche Ă un album. Cela demandait de faire beaucoup de concessions et aussi quâon nous identifie en tant que groupe. Jâai Ă©tĂ© un Club Cheval durant six ans, je nâĂ©tais pas malheureux, mais aujourdâhui jâen suis libĂ©rĂ© et je laisse sâexprimer une autre facette de moi-mĂȘme. Je me suis souvenu de mes 17 ans lorsque jâĂ©coutais Fatboy Slim dans ma chambre. Câest le premier Ă mâavoir montrĂ© quâon pouvait ĂȘtre fun, sampler des trucs drĂŽles et en mĂȘme temps faire de la musique qui dĂ©fonce. Les disques de Fatboy Slim carambolaient plein dâunivers diffĂ©rents. Dans le fond, avec cet album, je reviens Ă mes premiĂšres amours.
La discipline de Club Cheval nâa Ă©tĂ© quâune parenthĂšse ?
Une longue parenthĂšse Ă lâĂ©chelle de ma carriĂšre. Dâune certaine maniĂšre Club Cheval a Ă©tĂ© comme mon service militaire, dur, mais trĂšs formateur.
De quel Myd parle ce titre, Born A Loser ?
Le Myd de 17 ans qui se demande comment devenir artiste, comment faire pour enregistrer sa musique, comment faire pour quâelle soit entendue ? Jâavais lâimpression que je nâĂ©tais pas armĂ© pour rĂ©ussir, que jâavais un jeu de perdant. Jâai gardĂ© longtemps cette idĂ©e en tĂȘte. En fait il a fallu que Pedro mais aussi Alice MoitiĂ© mâencouragent et me disent que je nâavais pas Ă rougir de ce je suis, pour que je mâassume. Je suis trĂšs heureux de faire de la musique aujourdâhui.
Et le type nu, avec une casquette blanche lâair ravi sur un paquebot de croisiĂšre, câest toi ou un personnage ?
Câest moi, regarde, je suis comme ça aussi dans la vie de tous les jours. En effet, câest la photo qui a donnĂ© un peu le ton du projet, mais jâaime bien ĂȘtre Ă poil. Je me suis mis Ă nu avec ce disque.
Le paquebot de croisiĂšre de tourisme de masse, la casquette, la moustache, il ne manque plus quâune banane autour de la taille. Ce ne sont pas des codes trĂšs branchĂ©s, mais tu as lâair trĂšs heureux de prendre le contre-pied de lâimage chic quâessaient de projeter dâordinaire les musiciens ?
Oui, je me sens bien parce que je nâai pas lâimpression de me dĂ©guiser. Et puis je ne me moque de personne. Avec Alice [qui s’occupe de la DA], on ne voulait surtout pas se foutre de la tĂȘte de ces gens qui tapent dans leurs mains en faisant de lâaquagym.
« Si je peux ramener un peu dâhumanitĂ© et de bonne humeur dans la musique Ă©lectronique qui est parfois trĂšs froide, cela me va bien. »
De fait, on ne ressent aucun cynisme dans ces images.

©Alice Moitié
JâespĂšre. Je pourrais parfaitement me foutre Ă poil devant des potes pour les faire rire. Cela mâest dĂ©jĂ arrivĂ©, bien avant de partir sur le paquebot. Je nâai pas envie de cacher cet aspect-lĂ de ma personnalitĂ© derriĂšre les codes classiques des DJs qui sâhabillent en noir pour faire chic. Jâai tout fait pour que cette musique me ressemble, je ne vais pas mentir au moment de lâincarner physiquement. Je crois que les gens ont compris que je suis simplement moi-mĂȘme. Pedro a jouĂ© un grand rĂŽle dans ce processus. Il mâa encouragĂ© Ă me prĂ©senter tel que je suis, Ă ne pas avoir honte de moi, Ă laisser derriĂšre moi Club Cheval. Je nâai pas dĂ©marchĂ© Alice MoitiĂ© pour lui demander de mâaider Ă crĂ©er ce personnage qui a lâair de sortir dâune bande dessinĂ©e. Au contraire, nous nous sommes trouvĂ©s parce que nous avions les mĂȘmes goĂ»ts en matiĂšre de BD, de dessin animĂ©, de musique. Bien entendu, quand sa camĂ©ra sâallume, je me mets Ă jouer, mais je ne fais quâamplifier les traits de ma propre personnalitĂ©. Si je peux ramener un peu dâhumanitĂ© et de bonne humeur dans la musique Ă©lectronique qui est parfois trĂšs froide, cela me va bien.
En parallĂšle de ta carriĂšre solo, tu as Ă©crit la musique du film Petit paysan, si je ne mâabuse, tu lâas signĂ© de ton vrai nom, Quentin Lepoutre ?
Cela dĂ©pend des morceaux, mais je ne fais pas de diffĂ©rence entre Quentin Lepoutre et Myd, câest la mĂȘme personne et tout le monde mâappelle Myd. Aux CĂ©sar, jâĂ©tais nommĂ© sous le nom de Myd. Je nâai pas de double identitĂ© pour signer lâun ou lâautre de mes projets. Je suis contre ce genre de chose dâailleurs. Il nây a rien Ă cacher. Je suis Myd, un point câest tout.
Tu as rencontrĂ© le rĂ©alisateur Hubert Charuel Ă la FĂ©mis dont tu suivais lâenseignement pour devenir ingĂ©nieur du son pour le cinĂ©ma, câest bien ça ?
ParallĂšlement Ă la musique, jâai toujours eu la passion du son et des outils de prise de son. Le niveau de lâingĂ©nierie sonore du cinĂ©ma est incroyablement Ă©levĂ©. Câest ce qui mâattirait. Si je nâavais pas fait de musique, jâaurais adorĂ© devenir mixeur pour le cinĂ©ma. Passer ma vie dans un auditorium grand comme une salle de cinĂ©ma avec une table de mixage gĂ©ante et le temps nĂ©cessaire pour crĂ©er des ambiances sonores dingues. Jâai suivi les cours de la FĂ©mis durant quatre ans pour engranger un important bagage technique. Mais je ne mâarrĂȘte jamais dâapprendre. Jâadore regarder des tutos sur Internet. Je mâendors en matant Mix With The Masters.
« Produire pour des rappeurs français dont les audiences sont Ă©normes, ce nâest pas la ruĂ©e vers lâor que certains fantasment. »
Comme ton camarade de Club Cheval Sam Tiba, tu as produit plusieurs titres pour des rappeurs français. Par plaisir ou opportunisme ?
Ce que je peux dire en tout cas, câest que produire pour des rappeurs français dont les audiences sont Ă©normes, ce nâest pas la ruĂ©e vers lâor que certains fantasment, notamment dans le milieu Ă©lectronique. Câest loin dâĂȘtre simple. Il y a une grande concurrence. Il faut Ă©normĂ©ment dâĂ©nergie pour arriver Ă placer un beat et que le morceau reste cool Ă lâarrivĂ©e. Câest lorsque nous avons travaillĂ© dans le studio de DJ Kore avec Club Cheval que cette connexion avec le monde du rap français sâest opĂ©rĂ©e. On traĂźnait avec des rappeurs toute la journĂ©e. Ils ont la qualitĂ© dâĂȘtre toujours excitĂ©s par de nouveaux sons et ils sont nombreux Ă avoir apprĂ©ciĂ© ce que la scĂšne Ă©lectronique pouvait leur apporter. Je me suis retrouvĂ© un peu par hasard dans cet univers, mais jây ai pris beaucoup de plaisir.
Pas au point de colorer ton propre album avec du rapâŠ
Non, parce que ce nâest pas ma musique. Le seul titre de rap que jâai fait câest « No Bullshit » sur Bromance, parce que je lâadorais, mais que tous les rappeurs ont refusĂ©.
Puisque tu as failli travailler pour le cinéma, peux-tu nous parler de tes goûts en matiÚre de films ?
Jâaime les films un peu dĂ©rangeant et pop en mĂȘme temps. Funny Games de Michael Haneke, par exemple. Câest comme en musique, jâaime quand il y a un cĂŽtĂ© bizarre, unique, et en mĂȘme temps que cela reste de la pop faite pour ĂȘtre Ă©coutĂ©e par tout le monde. Jâaime les musiciens qui sont capables de donner le petit coup de peinture mĂ©tallisĂ©e qui fait toute la diffĂ©rence. AprĂšs la musique de Petit paysan, je nâai pas cherchĂ© Ă composer dâautres musiques de film, car jâĂ©tais concentrĂ© sur cet album. Maintenant quâil est terminĂ©, jâaimerais bien revenir au cinĂ©ma.
Quand ce sera enfin possible, quelle forme prendra ce disque sur scĂšne ?
Le live est prĂȘt, on est trois, avec un guitariste et deux aux claviers et machines, dont moi. Nous chantons tous les trois, ce qui laisse plein de possibilitĂ©s. Je peux faire de la house comme jâaime et on peut aussi faire des moments guitares voix plus scouts. Câest un live qui va osciller entre de la house et des plans scouts. Jâai hĂąte.
Nous aussi.
Ă lire Ă©galement
DĂ©fi : Myd vous laisse produire avec lui le dernier track de son album