Si vous ne connaissez pas encore MANIK, il va falloir envisager une sérieuse session de rattrapage. Christopher, de son vrai nom, débarque dans la musique électronique en 2011 avec plusieurs EPs sortis sur des labels tels que Ovum Recordings, dirigé par Josh Wink, Poker Flat, fondé par Steve Bug ou encore Culprit (sur lequel on retrouve Jozif, Audiojack ou encore Benoît & Sergio). Né et ayant grandi dans le Queens à New York, MANIK est rapidement devenu un artiste complet, croisant les genres avec brio sur ses productions, et diggant des heures à la recherche de pépites oubliées aussi bien disco, funk, house, techno ou encore hip-hop.
Après un premier album en 2011 sur Ovum Recordings, et des dates dans le monde entier, le producteur dĂ©cide de quitter le Queens pour la chaleur de la West Coast et de Los Angeles, il y a maintenant trois ans. C’est cette distance avec sa ville natale qui le pousse Ă commencer l’Ă©criture de son deuxième album, Undergroundknowledge, sorti la semaine dernière sur Ovum Recordings. Comme un hommage au Queens et Ă son quotidien de l’Ă©poque, on retrouve dans ce long-format un pan entier de vie de l’artiste, aussi bien dans les styles musicaux variant entre house, deep house, hip-hop, jazz ou encore breakbeat, que dans les noms de ses morceaux ou encore dans les samples utilisĂ©s tout au long de l’album.
Et si vous ĂŞtes plutĂ´t Spotify :
Depuis Paris, on a eu l’occasion de discuter avec MANIK de son nouvel album, de son enfance et de ses inspirations, le temps d’une interview avec onze heures de dĂ©calage horaire :
Tu expliques que ton dernier album, Undergroundknowledge, est un voyage à travers le Queens. Depuis que tu as déménagé à L.A il y a trois ans, est-ce que New-York te manque ?
C’est chez moi, lĂ oĂą j’ai grandi, donc Ă©videmment que ça me manque. Mais ce n’est qu’une fois après avoir bougĂ© que j’ai pu me rendre de ce que j’aimais, et de ce qui me manquait le plus. Quand tu vis quelque part, tu ne te rends pas vraiment compte de ce que tu as autour de toi, cela fait partie de ton quotidien. Et c’est ce quotidien que je montre dans ce nouvel album. C’est un voyage au coeur de mon quartier. Tu embarques dans le train pour le Queens dans le premier morceau, et sur le dernier c’est un autre train qui repart vers Manhattan. Je n’aurais jamais eu l’idĂ©e de faire un tel album sans avoir dĂ©mĂ©nagĂ©.
C’est donc ton deuxième album après Armies Of The Night, en quoi ton approche a Ă©tĂ© diffĂ©rente cette fois-ci ?
J’ai fait cet album quand j’avais 23 ans, j’étais encore très jeune. Il y a 7 ans d’écart quand mĂŞme aujourd’hui. Quand je l’ai produit, je n’avais pas encore autant voyagĂ© et jouĂ© que ces dernières annĂ©es, oĂą je me suis dĂ©placĂ© dans plus de 40 pays. Et tout ces voyages et ces rencontres ont dĂ©finitivement influencĂ© cet album. La production est plus mature.
Dans Undergroundknowledge, on entend aussi bien de la deep, de la house bien 90’s, de l’acid, du hip-hop, du jazz ou encore du breakbeat. Quelles ont Ă©tĂ© tes inspirations quand tu as commencĂ© Ă produire ?
De tout ces genres que tu viens d’évoquer, c’est un peu le mĂ©lange qu’il y a dans ma tĂŞte. J’aime et j’Ă©coute de tout, et je peux autant apprĂ©cier un bon disque de hip-hop ou de jazz. J’adore les grands comme Miles Davis ou encore Chick Korea. Tout comme de la bonne techno ou de la bonne house. J’adore Kevin Saunderson, Underground Resistance, Mad Mike et Ă©videmment tout ce qui vient de Chicago comme Larry Heard et Ron Hardy. Sans oublier les trucs hip-hop oldschool que j’écoute, surtout provenant d’artistes du Queens comme Mobb Deep. Et c’est justement ce mĂ©lange qui a donnĂ© Undergroundknowledge.
Dans les titres de tes morceaux et Ă©galement dans les samples utilisĂ©s on retrouve en vrac : de l’agitation, la gentrification, des bruits de spray, du basket-ball, des trains et des mĂ©tros… C’Ă©tait ton quotidien Ă l’Ă©poque ?
Quand tu vis à New York, tu ne remarques pas forcément tout ce qu’il se passe autour de toi. Et oui, quand j’étais jeune, je me levais, je marchais jusqu’à la station de métro pour aller à l’école. J’allais jouer au basket ball, je passais du temps avec mes potes qui graffaient. Ensuite je rentrais chez moi, si j’avais des devoirs je les faisais, et sinon je bossais ma musique. Au début, je faisais des cassettes et des mixtapes. J’ai commencé à produire au lycée, surtout des beats hip-hop à cette époque. Et c’est comme ça que je suis arrivé dans le monde de la musique. Tout ce que tu entends dans cet album vient de cette époque-là , les samples proviennent de vieux enregistrements que j’avais sur mon ordinateur.
J’ai pu voir aussi que tu Ă©tais un digger invĂ©tĂ©rĂ©, est-ce que tu te rappelles du premier disque que tu as achetĂ© ?
Je dirais Aleem – Release Yourself, qui est un mĂ©lange de freestyle et de funk et de disco up-tempo, sorti en 84-85. En fait, j’avais fait des recherches pour connaĂ®tre les noms des morceaux que passait Larry Levan au Paradise Garage et ce les premiers disques que j’ai achetĂ©.
Et maintenant tu parcours le monde pour jouer dans les meilleurs clubs, est-ce que tu penses qu’il y a eu un moment clĂ© dans ta rĂ©ussite ?Â
C’est difficile de définir un moment en particulier, mais je pense que cela vient du fait de produire continuellement toutes ces années, et d’avoir toutes ces personnes derrière moi pour m’encourager. Aussi bien des amis que des DJs, des labels qui voulaient sortir mes morceaux, ou des artistes qui m’appelaient pour faire des remixes. C’est un peu l’effet boule de neige.
Parlons aussi de cette relation avec le label Ovum Recordings. Comment as-tu rencontré Josh Wink et King Britt en premier lieu ?
Je n’ai pas rencontrĂ© King Britt directement. Quand j’ai sorti mon premier disque sur Ovum j’étais seulement en relation avec Josh et son partenaire Matthew. Je devais avoir 24 ans, quand j’ai sorti l’EP Park To The Slope. Et depuis, ils m’ont toujours soutenu. Je les aime vraiment beaucoup, ils sont très ouverts d’esprit. Tout le monde les connaĂ®t majoritairement pour la techno, mais ils font aussi de la house et des trucs un peu plus deep. Ils n’ont pas peur de prendre des risques en explorant de nouveaux genres et ils respectent ma vision et ma crĂ©ativitĂ©. Si par exemple je sortais un album avec du hip-hop dessus, ils ne le rejetteraient pas simplement parce que ce n’est pas leur style.
Ça doit ĂŞtre gĂ©nial d’avoir un tel soutien, comment a t’il influencĂ© ta musique ?Â
Quand on parle de quelqu’un comme Josh Wink, qui pour moi de loin, l’un des artistes les plus complets et innovants en terme de house et de techno amĂ©ricaine. Il a vraiment participĂ© Ă son expansion dans les annĂ©es 90 et c’est un peu le leader de ce mouvement. En tant qu’artiste tu respectes forcĂ©ment quelqu’un de son envergure. Et le fait qu’il me soutienne m’a beaucoup aidĂ©. J’ai beaucoup appris de la manière dont il construit ses morceaux, simples et très efficaces. J’essaye aussi d’insuffler un peu de son style dans mes productions.
Et pour finir quels sont tes prochains projets ?
J’ai un nouvel EP qui arrive mi-novembre sur le label de Kim Ann Foxman, Firehouse, qui est plus club ambiance 90’s. Puis une sortie en vinyle exclusivement, sur le label Fresh Meat Chicago qui arrive fin janvier, un quatre pistes très deep et jazzy, et il n’y aura seulement que 200 copies de disponibles. VoilĂ pour l’instant.