🎪 Les nouvelles couleurs du Peacock Society Festival : on vous raconte

par | Sep 9, 2021 | Magazine

Puisque le destin des organisateurs d’évènements festifs est cette année soumis au bon vouloir des courbes sanitaires, c’est en extérieur et en pleine journée que nous retrouvons cette année le Peacock Society Festival, petit frère électronique du We Love Green. Adieu le bien-aimé Parc Floral, dont le festival tire son nom puisque peuplé par les paons, (peacock en anglais), pour le plus éloigné mais non moins bucolique parc de Choisy – Val-de-Marne à Créteil.

Sur l’interminable chemin qui mène au festival depuis le RER, on en entend qui râlent un peu sur le prix des billets. Ah!… on ne refait pas les Français. Mais il faut dire qu’à près de cinquante euros la journée, se payer quelques heures de défouloir au milieu des paillettes et des chemises à fleurs n’est pas à la portée de toutes les bourses. « C’est cher la Peacock cette année ! » Or, râler sur le prix, c’est comme dire la Peacock, c’est sans fondement. Déjà parce que c’est un festival, et pas n’importe lequel, le plus gros festival de musiques électroniques d’Île-de-France. Le parc est gigantesque, l’organisation impeccable, il y a même des personnes aimables qui distribuent de l’eau depuis une sorte d’énorme sac à dos qui ressemble à un jet-pack. Tout cela, si on y ajoute une programmation mastodonte, a un prix. À titre de comparaison, une journée au Dekmantel coûte dans les 70€, de mémoire, et pour 25€, on a presque l’impression de ne pouvoir enrichir que les escrocs dans la région de nos jours… C’est donc l’esprit léger de toutes considérations logistiques et le verre rapidement plein, rapidement vide, que nous déambulerons au milieu des arbres et des sourires deux jours durant. Les précédentes éditions nocturnes – plus électriques, plus déchainées – ont laissé place à une atmosphère relativement plus paisible. Les cinq scènes possèdent chacune une identité, la déco du site est sobre mais travaillée. Même les deux jours de festival auront eu chacun leur singularité.

©Maxime Chermat

Le samedi, bien plus peuplé, tout paraît très énergique. La scène la plus pêchue, la scène Mirror – ce jour-là curatée par Nina Kraviz et terrée au fond du parc – voit dès 13h la jeune U.R Trax dérouler un set plein de maîtrise, autoroutier de la meilleure des façons, techno et acid. La scène Nomad, qui se situe juste derrière, est probablement celle dont le set-up est le plus agréable, avec son bel arbre bienveillant surplombant un dancefloor spacieux, le tout empli d’un système son impeccablement réglé. C’est ici qu’on retrouve Tryphème et son live IDM chanté, émo breaké, timide et solaire, envoûtant et inquiétant. C’est aussi là – rien à voir – qu’on retrouvera plus tard l’hurluberlu et clivant Partiboi69, plus ou moins grimé en Woody de Toy Story. Son personnage devient de plus en plus énervant avec le temps, mais l’homme derrière le masque assure malgré tout chaque set avec professionnalisme. Sa technique assurée dénote moins que le fun qu’il véhicule et ses moves à la limite du ridicule, mais c’est pourtant elle qui lie le tout. Résultat, c’est la Bérézina. Avance rapide sans passer par la case Solomun qui, tel un bon attaquant a attiré les défenseurs par son appel en profondeur, laissant des espaces. Nous, on retourne jusqu’à la scène Mirror, clôturée par Blawan, prestation la plus aboutie de la journée, ce qui n’a évidemment rien d’étonnant.

 

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L’agréable scène Chaman © Geoffrey Hubbel

Le lendemain, malgré les deux heures de trajet (pas une bonne idée d’essayer de sortir de Paris en Jump…), la journée débute idéalement sur la scène Woody squattée par Underscope, où Slowglide termine son live mental et léché qui flatte les basses du High-Bass Soundsystem, un peu moins les aigus. Et si le dancefloor semble vide, ce n’est que la faute du soleil. Tout le monde applaudit à l’ombre des arbres. On apprend un peu plus tard que Ricardo Villalobos a annulé son set sur la scène Solar, parce qu’il se serait pris un verre dans la gueule la veille. L’histoire ne précise pas à l’initiative de qui. Peut-être est-il temps d’arrêter de booker ce genre d’artistes fainéants, exigeants et hors-de-prix ? Parce que derrière, ça se bouscule au portillon. Sur la scène Woody par exemple, les cinq membres de Paradoxe Club se disputent les platines avec furie, enchaînant les morceaux du futur et les edits de tracks du passé à grande vitesse. Voilà une vision plaisante et optimiste de l’avenir, fun et pointue. Retour sur la scène Nomad, qui conserve son titre de la veille. The Blessed Madonna convainc, enchaîne avec aisance les morceaux Hi-NRG avec des titres plus breakés, ça sent la sueur, et il est bon de retrouver un public qui saute à l’unisson. Sur la grande scène, les artistes invités par Villalobos se partagent la charogne du trou béant laissé par son slot de trois heures.

Direction ensuite la scène Chaman, dont la déco est la plus aboutie. Son intimité en fait la scène la plus agréable, avec sa douce colline qui surplombe le dancefloor, le cachant un peu, et un cours d’eau qui complète le décor en arrière-plan. Les membres de Good Sisters, certes initialement prévus sur la scène Woody, profitent finalement d’un cadre bien plus enchanteur. Et d’enchantements il est bien question avec Piu Piu et son set d’une classe folle, alors que nous nous abritons sous les arbres lors des quelques goutes de pluie. Andy 4000 prend la suite, les esprits s’échauffent, les corps se démembrent, entre baile funk, trap, et samples de Dragon Ball Z. Sur la scène Mirror en revanche, c’est la foire, la machine à laver le cerveau. Les trublions de Casual Gabberz nous emportent dans une déflagration de BPM, le tout avec une précision certaine et inattendue pour ce style vulgairement génial. C’est d’une simplicité insolante, c’est grisant, mais comme Matthew McConaughey sur cette horrible planète dans Interstellar, une heure passée ici coûte sept années sur Terre, alors on ne s’éternise pas. Pour la fin, c’est retour au bercail sur la scène Woody, devenue une seconde maison pour la journée. Flore régale comme à son habitude, enchaînant les sorties futures et passées de son label POLAAR, saupoudrés d’autres sucres rapides. Ce sont GREG et King Doudou qui clôturent pour les derniers vaillants. Tout commence calmement, sur des riddims langoureux, et se finit dans l’allégresse. On rentre fatigué mais heureux d’avoir retrouvé ce que le Covid nous avait enlevé pendant un an et demi, une éternité.

La scène Woody et son magnifique sound system / © Geoffrey Hubbel

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