FĂȘtant ses 30 ans cette annĂ©e, le festival des Escales de Saint-Nazaire a embarquĂ© la ville industrielle vers de nouvelles contrĂ©es, de lâAustralie au Japon en passant par la Hongrie ou la GrĂšce. Une Ă©dition magnifique, faite de voyages, de plaisir et de sourires.
Faire une derniĂšre escale aprĂšs une dense tournĂ©e des festivals qui a baladĂ© Tsugi, et surtout les infatigables Ă©quipes de Tsugi Radio, sur les routes de France et de Navarre : voilĂ ce qui nous attendait le dernier week-end de juillet. Et quelle halte ! Quoi de mieux comme ultime Ă©tape quâune massive fĂȘte dâanniversaire, celle des Escales de Saint-Nazaire ? Depuis trente ans, le port breton (oui, historiquement Saint-Nazâ est en Bretagne, dĂ©solĂ©e les FinistĂ©riens) accueille en son industriel sein ce festival placĂ© sous le signe du voyage, avec une programmation maligne combinant grosses tĂȘtes dâaffiche et dĂ©couvertes internationales. De quoi attirer un large public (plus de 40000 tickets vendus), familial, bon enfant et motivĂ©, attirĂ© par les inĂ©vitables Clara Luciani, Oboy, Vladimir Cauchemar, Hatik, Deluxe ou Kungs, tout en plaçant au line-up des trouvailles recommandĂ©es par un rĂ©seau de festivals Ă©trangers. Une nouveautĂ© chez les Escales : traditionnellement, le festival sâattachait Ă une seule ville, comme une sorte de jumelage musical qui, Ă partir de cette annĂ©e, se fait global, embarquant son public-aventurier aux quatre coins de la planĂšte avec lâaide du MEG MontrĂ©al, du festival ougandais Nyege Nyege ou du Chilien Desierto Sonaro. Vous vous en doutez, câest plutĂŽt cette progâ globe-trotter qui a tapĂ© dans lâoeil de la rĂ©dacâ.

Woodkid ©ïžFestival Les Escales 2022, Philippe Descouts
Mais ne soyons pas snob. Impossible de bouder son plaisir devant Morcheeba, sa langueur dominicale, le sourire indĂ©fectible de sa chanteuse et les tubes de Big Calm, qui fĂȘtait ses 25 ans cette annĂ©e (que dâanniversaires!). Ou devant la scĂ©nographie impressionnante de Woodkid, admirĂ©e depuis le haut de la grande roue installĂ©e Ă cĂŽtĂ© de la scĂšne, au coucher du soleil. Ou encore avec Suzane, ses textes Ă crier le poing levĂ© et ses coups de pied acrobatiques dans le patriarcat. Ou enfin avec La Femme, rejoint le temps dâun morceau par son ancienne chanteuse Clara Luciani, ouverture parfaite du week-end, « sur la plage, dans le sable »⊠ou plutĂŽt sur le bĂ©ton, aux pieds de bateaux aussi grands que des immeubles. En effet, que ceux qui cherchent une ambiance bucolique ne mettent jamais une tong Ă Saint-Nazaire. Ici le paysage est en acier, les arbres sont minuscules Ă cĂŽtĂ© des Ă©oliennes attendant dâĂȘtre amenĂ©es en mer, et le VIP, la salle de concert situĂ©e juste en face de lâĂźle accueillant le festival, est nichĂ©e dans un Ă©pais bunker. Mais les Escales arrivent Ă sublimer ce dĂ©cor supra-indusâ, Ă coups notamment de projections sur les bĂątiments, et de par son placement, sur une Ăźle donc : traverser le pont qui mĂšne aux concerts, câest dĂ©jĂ le dĂ©but du voyage.

Marina Satti ©ïžFestival Les Escales 2022 _ Christophe
Voyage qui nous emmĂšnera dâabord jusquâĂ Melbourne avec le festival NYE On The Hill, amarrĂ© aux cordes de Steph Strings. LâAustralienne ose la formule la plus dĂ©pouillĂ©e qui soit : sur scĂšne, il y a elle, sa guitare, sa voix, et câest tout. On en entend qui baille dâavance dans le fond. Mais non, avec de faux airs de son compatriote John Butler, Steph se fait conteuse dâhistoire, et maĂźtrise sa six-cordes folk ou blues comme sâil sâagissait de la chose la plus simple au monde. On remonte un poil au nord avec les Japonais de Minyo Crusaders. Enfin au nord⊠Ce groupe de dix musiciens redonne vie aux textes traditionnels du style nippon minâyo, en lâaccolant aux rythmes tout Ă fait brĂ©siliens de la cumbia. Improbable et tout Ă fait Ă lâimage globalista des Escales, ce que ne reniera pas la Grecque Marina Satti, qui mĂ©lange les influences traditionnelles de son pays et du Moyen-Orient Ă un show chorĂ©graphiĂ©, trĂšs pop-star en devenir. Quant aux Bohemian Betyars, ils badigeonnent une bonne couche punk pleine de grumeaux et de rayures sur leur folk hongroise et tzigane â une recommandation du Sziget qui aura crĂ©Ă© quelques pogos sous la voĂ»te en bois de la scĂšne de lâEstuaire. Avant de terminer Ă New-York avec les sĂ©lections impeccables du DJ Eli Escobar et de danser dans le Club 360, son ambiance de jungle et son DJ-Booth placĂ© au milieu des fĂȘtards.  à noter aussi bien gros dans son livre de souvenirs : le concert de lâĂ©tonnant Wu-Lu, qui a rĂ©ussi Ă la fois Ă vider la piste et Ă enchanter les quelques courageux qui ont bien voulu rester. Comme si le dĂ©but assez inaccessible de ce concert hip-hop-jazz-punk hybride servait Ă repĂ©rer les plus acharnĂ©s, pour leur offrir ensuite, enfin, un magnifique moment de transe.
Mais parce que nous sommes peut-ĂȘtre plus chauvins quâon ne le pensait, câest une Française qui nous a retournĂ© le coeur lors de cet anniversaire. Des nĂ©ons colorĂ©s montĂ©s sur des bras robotiques (une des plus jolies scĂ©nographies de lâĂ©tĂ©, signĂ©e par le collectif Scale), des cloches tubulaires, de la batterie, du marimba, et des synthĂ©s et machines bien sĂ»r, pour une musique Ă©lectronique fine et racĂ©e, appelant Ă la danse autant quâĂ lâĂ©vasion⊠Merci, Lucie Antunes, vraiment (Lucie que lâon retrouvera Ă Caen le 24 septembre dans le cadre des 15 ans de Tsugi). Et merci Ă la plus belle des escales, ce festival qui ne fait pas ses trente ans, ou plutĂŽt qui en a la maturitĂ© â une organisation au poil, pas de files dâattente, de la bonne bouffe, de la biĂšre pas chĂšre, un public adorable, un line-up gĂ©nĂ©reux et dĂ©calĂ© â sans jamais sentir la naphtaline. Sans oublier non plus son environnement, cet ocĂ©an omniprĂ©sent, cette industrie source dâemplois mais impactante, capable de produire des Ă©oliennes comme des bateaux de croisiĂšre de luxe : sur le site pouvait se croiser des militants de Sea Shepherd et de SOS MĂ©diterranĂ©e, tandis quâĂ©tait projetĂ© en aprĂšs-midi Bigger Than Us, sept portraits de jeunes prĂȘts Ă changer le monde.

Lucie Antunes ©ïžFestival Les Escales 2022, Philippine Lescure
Comme dirait Denis PĂ©an du groupe LoâJo, invitĂ© dans le cadre de la crĂ©ation de 20Syl autour dâartistes de Loire-Atlantique venus souffler les bougies du festival, un patchwork local fleurant bon les annĂ©es Hocus Pocus : « Les Escales⊠Toutes les chansons sont des escales. Toutes les chansons sont des ports oĂč l’on attache nos pertes, nos peines et nos regrets ». AprĂšs ce dernier week-end de la saison, on a envie de rajouter : nos plaisirs, nos danses et nos amours.