Interview : la pop bidouillée de Grand Blanc

par | Oct 2, 2018 | Magazine

En 2016, la sortie de MĂ©moires vives, premier album de Grand Blanc, a l’effet d’une bombe sur le paysage musical français. Son mĂ©lange brillant de pop, rock et Ă©lectro l’emmène sur les scènes de Rock en Seine, d’Asie et de l’AccorHotels Arena, en première partie d’Indochine. Deux ans plus tard, le groupe messin est de retour avec Image au mur, un deuxième album plus simple, plus doux mais tout aussi sĂ©duisant. Quelques jours après la release party au Badaboum, entre deux parts des restes de gâteau arc-en-ciel, nous avons rencontrĂ© BenoĂ®t, Camille, Korben et Luc pour parler voyages, rĂŞves et concerts.

Vous venez de sortir votre deuxième album Image au mur. On entend souvent parler de cette « pression du deuxième album », vous l’avez ressentie ?

BenoĂ®t : On l’a anticipĂ©e mais je n’ai pas l’impression qu’on l’ait ressentie. On est beaucoup restĂ©s entre nous, on a Ă©crit le disque Ă  la campagne. On a essayĂ© de creuser pour trouver des choses sincères Ă  dire. La pression est arrivĂ©e avant la sortie, on se demandait si ça allait vraiment intĂ©resser les gens. Par contre, en l’Ă©crivant, pas vraiment.

Korben : Oui, c’est surtout l’attente de la sortie qui a Ă©tĂ© difficile.

L’idĂ©e de l’album vous serait venue en haut d’une tour Ă  Hong Kong ?

Camille : Ce n’est pas vraiment l’idĂ©e de l’album. Dans Grand Blanc, c’est BenoĂ®t qui Ă©crit, il a des idĂ©es Ă  n’importe quel moment du jour et de la nuit. LĂ , il s’est avĂ©rĂ© qu’on Ă©tait en haut d’une tour Ă  Hong Kong, c’est une phrase qui s’est retrouvĂ©e dans « Ailleurs ».

BenoĂ®t : J’Ă©cris avec des jeux de mots. Ça permet de dire deux choses en mĂŞme temps, en admettant la contradiction. LĂ , il y avait cette histoire d’ascenseur et cette histoire d’« ailleurs » en français et « desire » en anglais. Cette note nous ramenait Ă  un bon moment, la fin de la tournĂ©e de MĂ©moires vives en Asie. C’Ă©tait notre première tournĂ©e, on a commencĂ© un peu Ă  l’arrache et on a fini Ă  l’autre bout du monde. Image au mur est un album Ă  la fois rĂ©trospectif et introspectif qu' »Ailleurs » reprĂ©sente très bien.

« Ailleurs » est justement plein de jeux de mots, entre « ailleurs », « higher » et « desire » pendant dix minutes. Comment êtes-vous arrivés à un morceau aussi long ?

Camille : C’est cette idĂ©e bĂŞte que quand tu rĂ©pètes cent fois un mot, il devient de la matière, il perd son sens. Ici, « ailleurs » avait deux sens. Je voulais essayer de mettre ça en musique.

BenoĂ®t : J’imagine que j’ai haussĂ© les sourcils quand on m’a dit qu’on rĂ©pèterait un mot pendant dix minutes avec de la reverb car c’est moi le mec rĂ©actionnaire dans le groupe. J’ai dĂ» dire « On va Ă©crire un texte ». (rires)

Camille : C’Ă©tait gĂ©nial. Au fur et Ă  mesure, on s’est dit qu’on allait faire un morceau pop apposĂ© Ă  d’autres moments musicaux. Le bidouillage et la pop, c’est ce qu’il y a de plus important dans Grand Blanc. Quand on arrive Ă  rassembler les deux, on est super heureux.

Luc : Le bidouillage ?

Camille : Tu vois, rassembler certains aspects d’expĂ©rimentation et de recherche musicale avec une pop accessible pour tout le monde.

Benoît : Nous, on fait des chansons chelous. Si elles ne sont pas chelous, on ne les fait pas.

Korben : On essaie de s’Ă©tonner nous-mĂŞmes, de pousser l’expĂ©rimentation. Si on ne ressent pas cet Ă©lĂ©ment dans une chanson, on a tendance Ă  la laisser de cĂ´tĂ©.

BenoĂ®t : Ça peut prendre des formules diverses. « TĂ©lĂ©vision », la dernière de l’album, est assez standard mĂŞme si elle finit par un ralentissement de la bande magnĂ©tique sur les cinq dernières secondes. C’est pareil dans le texte, c’est un morceau qui parle d’un flash info sur le 11 septembre au milieu de clips MTV. C’est la vie, elle est chelou et elle est simple.

L’album en entier ressemble Ă  un voyage ailleurs, de « Los Angeles » Ă  « Belleville », des « Îles » Ă  l’intĂ©rieur de la « TĂ©lĂ©vision »…

BenoĂ®t : Oui, et on ne peut pas dĂ©cider si c’est un voyage concret ou intĂ©rieur.

Korben : Ça parle aussi de rĂŞve de voyage, quand tu cherches quelque chose en voyageant et que tu ne le trouves pas forcĂ©ment. « Les ĂŽles » parle justement des endroits exotiques que tu cherches Ă  Hong Kong et au final, tu te retrouves devant un McDo et tu te rends compte que c’est pareil que chez toi.

BenoĂ®t : Notre mĂ©tier et notre vie de musicien nous pousse vers cela : notre passĂ© proche est aussi notre futur proche, ce qu’on vit pendant un an d’Ă©criture se rĂ©pète pendant un ou deux ans de tournĂ©e. C’est pour ça qu’on essaie de dire des choses qui nous ressemblent pour ne pas avoir Ă  raconter des choses auxquelles on ne croit pas pendant la tournĂ©e. On n’a pas de programme pour cet album mais il y a ce mouvement de la vie qui nous impressionne sans vraiment pouvoir l’expliquer. On peut juste essayer d’en faire des chansons… donc on a fait des chansons. (rires)

« RĂŞve bb rĂŞve » a Ă©tĂ© le point de dĂ©part de l’album, comment ça s’est passĂ© ?

Camille : Au tout dĂ©but, pour les premières maquettes, on travaillait sĂ©parĂ©ment dans la mĂŞme maison. On tâtonnait, on gardait une moitiĂ©, on jetait l’autre, en se montrant tout ça. On faisait tout et n’importe quoi, certaines Ă©taient un peu des blagues. Korben est arrivĂ© avec « RĂŞve bb rĂŞve », une production plutĂ´t hip-hop. Au dĂ©but, on l’a prise comme une blague parce qu’on est pas des rappeurs. (rires) Puis, en chantant dessus, le morceau a suscitĂ© un Ă©tonnement collectif. C’Ă©tait la première fois.

Korben : C’Ă©tait assez flippant et libĂ©rateur car ça s’Ă©loignait Ă©normĂ©ment de notre genre et de notre image. Mais c’est comme ça qu’on s’est retrouvĂ©s avec une trentaine de maquettes en Ă  peine un mois.

Comment vous avez fait le tri après ?

Camille : C’est facile de commencer une chanson mais c’est très dur de la finir. Il y a beaucoup de maquettes qu’on n’a pas finies. Celles qui marchent, c’est celles dans lesquelles on met le plus d’amour.

BenoĂ®t : Ă€ quatre, la notion de choix est assez relative. Les choses arrivent comme elles arrivent. Après un EP et demi et deux albums, on ne cesse d’halluciner face Ă  l’expĂ©rience humaine très particulière que c’est.

Côté concerts, vous avez prévu quoi ?

BenoĂ®t : On a commencĂ© Ă  faire les setlists et mĂ©langer les morceaux de MĂ©moires vives à ceux d’Image au mur. Ça fait plaisir de savoir qu’on passera de dix minutes planantes sur « Ailleurs » Ă  un petit « Verticool ». On n’est pas vraiment dans le concept, on a notre manière de faire les choses et on le fait tout simplement.

Korben : Le gros changement, c’est qu’on aura une batterie acoustique. Après, pour ĂŞtre honnĂŞtes, on a toujours fait ce qu’on voulait.

Lors de la release party au Badaboum, votre concert acoustique a pris des airs de salon cosy. Comment ça s’est passĂ© de votre cĂ´tĂ© ?

Camille : C’Ă©tait super Ă©mouvant. On Ă©tait sur nos canapĂ©s, des lumières Ă©clairaient nos visages donc on avait une sorte de quatrième mur devant nous. J’entendais un peu le brouhaha sauf que j’Ă©tais tranquille, sur mon canapĂ©, avec mes trois copains.

Korben : C’est cool de jouer assis, on surplombe moins les gens. L’idĂ©e Ă©tait de reconstruire une atmosphère conviviale et accueillante pour les gens mais au final, ça a aussi marchĂ© sur nous.

BenoĂ®t : Jouer en acoustique, de manière moins arrangĂ©e, c’est quelque chose qu’on n’a pas fait sur MĂ©moires vives. MĂŞme quand on nous proposait, on refusait car ça n’avait pas de sens. Avec ces nouveaux morceaux, ça en a. On n’est pas venus Ă  la musique avec les ordinateurs et les synthĂ©s, on y est venus en apprenant la musique acoustique sur des guitares, des harpes, des contrebasses donc c’est assez jouissif de retrouver ça. Enfin, ça fait tellement longtemps qu’on est dans notre studio, ça aurait Ă©tĂ© difficile de se remettre directement sur scène.

Camille : C’Ă©tait un concert de transition. J’avais l’impression d’ĂŞtre quelque part entre le Central Perk et un film de David Lynch. (rires) Friends, version bizarre.

Vous avez tout de mĂŞme effectuĂ© les premières parties d’Indochine ces derniers mois, dont une date Ă  l’AccorHotels Arena. Qu’est-ce que vous en avez appris ?

BenoĂ®t : On n’avait pas jouĂ© depuis neuf mois et on s’est pointĂ©s Ă  Bercy comme ça, c’Ă©tait assez bizarre et intense. Ce qui est intĂ©ressant, c’est qu’on n’a jamais pensĂ© notre musique pour aller dans des ZĂ©niths, on a toujours Ă©tĂ© un peu rabat-joie en mode « la musique dans les ZĂ©niths, c’est de la merde ». Mais on a Ă©tĂ© très heureux de pouvoir partager la nĂ´tre. On ne l’a pas jouĂ©e de la mĂŞme façon, on a dĂ» apprendre Ă  la mettre en scène diffĂ©remment. Dans une SMAC, ton visage est un moyen d’expression. Dans un ZĂ©nith, personne ne le voit, il faut ĂŞtre plus emphatique.

Camille : C’est compliquĂ©. Il ne suffit pas d’ĂŞtre emphatique en courant dans tous les sens, la scène est Ă©norme. C’est vraiment d’autres questions Ă  se poser.

Korben : C’est une autre façon de faire des concerts. Il y a dix mille autre choses Ă  imaginer.

BenoĂ®t : Quand quelque chose foire, t’as envie de disparaĂ®tre mais les gens te trouvent mignon. A Marseille, le soir de mes 30 ans, j’Ă©tais trop stressĂ©, j’ai fait n’importe quoi. Pourtant, c’est un des concerts oĂą on a senti le plus de proximitĂ© avec le public. Il y a quand mĂŞme de l’humanitĂ© dans les ZĂ©niths.

Camille : Pendant qu’il remettait ses cordes, j’ai dĂ» parler devant 8 000 personnes, j’Ă©tais terrifiĂ©e.

Korben : La vulnérabilité, ça touche les gens. Que ce soit une corde pétée ou la timidité de parler devant un Zénith, ça crée un lien.

Vous partez en rĂ©sidence Ă  Metz, votre ville d’origine. C’est important pour vous d’aller lĂ -bas ?

Camille : C’est notre ville, tout simplement. Paris est devenue la nĂ´tre aussi. Maintenant, on en a deux. (rires) Sur la pochette d’Image au mur, il y a la Tour Eiffel mais on avait besin de retourner Ă  Metz. RĂ©cemment, on s’est retrouvĂ©s Ă  l’Ă©tage de la Chapelle des Trinitaires, lĂ  oĂą on jouait il y a cinq ans, pour filmer une session unplugged.

Vous parlez beaucoup de Paris dans vos morceaux. Pourquoi pas de Metz ?

BenoĂ®t : Il y en a dĂ©jĂ  plein. Quand on parlait d’errance nocturne alcoolisĂ©e et tortueuse dans l’EP, on parlait de ce qu’on a vĂ©cu Ă  Metz. Le canal de « DegrĂ© zĂ©ro », c’est le canal de Metz. On n’a pas besoin de faire un morceau nommĂ© « Metz » car il y en a plein qui en parlent.

Question bonus : quel est votre quartier parisien préféré ?

Luc : Le XVIème. (rires)

Camille : Je pense qu’on aime chacun les quartiers dans lesquels on vit.

Korben : J’adore le XVIIIème. C’est un arrondissement multiple.

BenoĂ®t : J’ai beaucoup habitĂ© dans le XVIIIème aussi.

Luc : Moi, le Xème.

BenoĂ®t : A l’Ă©poque, Luc habitait en colocation place Monge, c’Ă©tait gĂ©nial. On a commencĂ© nos premières maquettes de Grand Blanc dans cet appartement, dont « Samedi la nuit ».

Camille : La street cred est finie.

Benoît : Grand Blanc, « les gars du quartier latin ». (rires)

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