C’est l’une des artistes électroniques françaises les plus prometteuses de sa génération : Healing Noises alias Marianne Novomesky passe aujourd’hui le cap du premier album avec King of Wands, et c’est une franche réussite qui ne présage que de grandes choses pour la suite.
La pandémie aura eu raison de nombreux couples, mais pour l’art et la musique, ce n’est pas toujours une mauvaise chose. Après une série d’EPs produits entre Paris et Cannes où elle est désormais installée pour de bon, Healing Noises alias la Française Marianne Novomesky sort aujourd’hui son album King of Wands chez les Rennais de Human Disease Network. Ces débuts fracassants l’avaient propulser sur l’une des compilations du prestigieux label R&S, avec son track « Palm Tree« . Ce premier album continue dans les mêmes sonorités breakbeat, alors qu’elle a décidé de lâcher la techno qu’elle produit habituellement pour explorer plutôt ses influences trip-hop. Né de la douleur d’une séparation, cet album nous plonge dans un monde de pads ambient mélancoliques rythmés de breakbeats, entre dubstep, drum’n’bass et downtempo.
« Au tarot, le « king of wands » représente quelqu’un de tyrannique et de très phallique. Je vous laisse connecter les points… »

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Pour ce disque de pandémie, Healing Noises aura pris un an pour concevoir les tracks de cet album. Ultra-productive, Marianne confesse néanmoins être « ce genre de personne avec 1 000 tracks commencés, mais pas terminés. Je fais mille choses différentes et j’ai du mal à me focaliser. » Ce sont les limites qu’elle se fixe qui lui ont permis de terminer cet album : « Je peux faire un track en une journée, je commence à 6h du mat et à 20h, j’arrête. » À l’inverse de ce qu’on pourrait croire, la disponibilité forcée des confinements n’a pas aidé, bien au contraire : « J’ai arrêté de produire pendant trois mois, par manque d’inspiration et aussi en totale remise en question à cause du contexte : les deux combinés, je me suis même demandé si je n’allais pas tout arrêter. »
Néanmoins, le processus créatif semble rodé pour la Cannoise, qui est avant tout une bedroom producer qui fait des lives « pour mon chien et mes rats« , comme l’illustre ses jams postés sur Instagram. La composition de l’album s’en ressent, fondé sur le Maschine de Native Instruments, qui reprend les fondamentaux de la célèbre MPC d’Akai pour en faire un environnement de production numérique. En résulte des tracks basés principalement sur un sampling inventif, qui provient aussi bien de films que de vidéos YouTube, et globalement de tout ce qui passe sous la main de Marianne ; mention spéciale à « Compost Stella », un track torturé de saturation qui utilise les chants de Pippin et d’Arwen dans Le Seigneur des anneaux.
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Marianne elle-même ne sait pas comment ces échantillons piqués à droite et à gauche en sont venus à former des tracks aux sonorités bass music ou dubstep, elle qui a surtout évolué dans le monde de la techno : « Ces sons-là sont un peu arrivés comme un cheveu sur la soupe. Je n’ai aucune culture drum’n’bass ou electronica. » Elle écoute bien sûr « de tout » à la maison, mais surtout du trip-hop comme Massive Attack ou Blockhead, ainsi que la techno qu’elle a fréquenté dans les clubs durant sa vie parisienne. C’est peut-être pour cela que ses tracks proposent une approche si rafraîchissante et plaisante de la bass music : dénuée d’influences de cette scène, elle est parfaitement elle-même dans la production et verse toute sa personnalité dans King Of Wands.
« Ces sons-là sont un peu arrivés comme un cheveu sur la soupe. Je n’ai aucune culture drum’n’bass ou electronica.«
Ce nom d’album, c’est aussi la séparation qui l’a inspiré, tout comme les nappes de synthés tristes qu’on retrouve à travers quasiment tout l’album. En anglais, le « king of wands » est le roi de carreau. Versée dans l’ésotérisme et les cartes de tarot, l’artiste nous apprend qu' »il représente quelqu’un de tyrannique et de très phallique. Je vous laisse connecter les points… » Si la rupture amoureuse est le seul fil conducteur du disque, c’est surtout parce qu’elle était une toile de fond émotionnelle durant la production des tracks, qui n’étaient à l’origine pas destinés à former un album. Comme quoi, le hasard… Les titres des morceaux ont naturellement suivis, comme « She Shrugged Unapologetically » (« elle haussa les épaules sans s’excuser »), encore lourd de sens… Encore une fois avec ce disque grandiose, de la douleur née une grande beauté, comme si la tristesse était le meilleur des engrais.
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