🔊 Inter[re]view : Avec ce nouvel album lumineux, Odezenne goûte à la liberté totale

par | Jan 7, 2022 | Carrousel, Magazine

Après quatre albums, dont le dernier Au Baccara, sorti en 2018, on aurait pu penser qu’Odezenne, groupe formé par Alix Caillet, Jacques Cormary et Mattia Lucchini, nous avait dit toute sa poésie. C’était sans compter sur 1200 mètres en tout, sorti ce vendredi sur Universeul. Un album en clair-obscur qui dit l’espoir et la persévérance, malgré la vie et ses reliefs.

« J’ai traversé l’une des pires périodes de ma vie » Alix, d’Odezenne

Après être sortis d’une tournée triomphale qui s’était terminée à New York, les trois potes s’étaient prévu une pause. Mais le confinement en a décidé autrement : « Tous les soirs, on était dans notre studio à Bordeaux, on jouait de la musique, on faisait la fête… Finalement, cela a été un retour en studio beaucoup plus précoce que prévu mais complètement provoqué par la situation dans laquelle on était« . C’est dans cette bulle que naîtra l’album.

« On s’est mis à écrire des textes sur un Google Doc en ligne, tous les deux l’un en face de l’autre et en direct. Tu peux modifier ce que l’autre écrit, on rentre un peu dans le cerveau de l’autre. »

Un peu moins de deux ans plus tard, Odezenne offre pas moins de 16 titres où s’entrechoquent mille émotions, sans jamais entrer dans l’excès, récit poétique des épreuves traversées par le groupe durant cette période « atypique« , selon Alix. Il en ressort un album extrêmement riche, aux instrus toujours plus travaillées (signées Mattia) et des textes à la fois intelligents et épiques. Après nous avoir bluffé avec Au Baccara, Odezenne ne tombe pas dans la facilité, au contraire. Une énième réussite que l’on doit sûrement à la complémentarité de ces potes de longue date (20 ans) et qui jouent ensemble depuis plus de dix : « On s’est mis à écrire des textes sur un Google Doc en ligne, tous les deux l’un en face de l’autre et en direct. Tu peux modifier ce que l’autre écrit, on rentre un peu dans le cerveau de l’autre« , expliquent Jacques et Alix.

Malgré des épreuves difficiles, notamment le décès brutal d’une proche du groupe, ce cinquième album n’est pas celui du deuil, de la tristesse, et encore moins du regret : « La vie va, la vie vient, la vie surtout« , chante Jacques dans « Pablo ». Du premier titre au dernier, on navigue avec le groupe, à travers ce qui fait, tantôt le charme, tantôt la dureté de la vie. Le titre de l’album le résume : « 1200 mètres en tout désigne tout le relief qu’il peut y avoir dans la vie : des hauts et des bas, des moments qui passent très vite, d’autres très lentement… Il y a forcément des moments lumineux, d’autres plus sombres… » ; « J’ai traversé l’une des pires périodes de ma vie » confiera Alix. On ressort pourtant de l’album avec un sentiment un peu étrange mais délicieusement optimiste. « Je pense que c’est dans l’adversité qu’on arrive le mieux à trouver la drôlerie et l’idiotie qui apaisent les choses« , tente Jacques.

« Les premiers concerts d’Odezenne, c’était en free party. On y allait à 4h du mat. »

Si on a l’impression, dès le premier titre, d’entrer dans une bulle planante et réconfortante avec le formidable « Mr Fétis » – sans doute l’un des plus beaux textes d’Odezenne – on est très vite surpris par « Palavas-les-Flots », une ballade pop et joyeuse. Trois minutes et vingt quatre secondes plus tard, atterrissage en douceur sur nos (regrettés) dancefloors avec « Bitch ». Une note qui n’était pas négociable et bien typique du groupe quand on connaît son rapport à la musique électronique : « Les premiers concerts d’Odezenne, c’était en free party. On y allait à 4h du mat. C’est de la musique qu’on apprécie et c’est pour ça qu’on se laisse aller sur quelques morceaux« , raconte Alix. Dans le titre, Jacques balance : « Putain j’ai l’air libre« . À voir comme Odezenne s’affranchit encore une fois des barrières de styles, notamment sur le très remarqué « Mamour » sur lequel le groupe a posé un vocoder aux airs assumés de Daft Punk, c’est désormais une certitude. Libre aussi de collaborer avec celles et ceux qu’il affectionne, le groupe s’est offert un featuring – le seul de l’album – avec le duo Mansfield.TYA. Poétique à souhait. Libre encore, quand Odezenne nous balance deux titres rap bien acerbes et maitrisés, « Regarde si c’est loin » et « Deux traits », venant nous rappeler les premières sorties du groupe.

« Odezenne a toujours été un moyen d’être libre. Libre dans la vie, on ne bosse pour personne, on fait ce qu’on veut. »

« Odezenne a toujours été un moyen d’être libre. Libre dans la vie, on ne bosse pour personne, on fait ce qu’on veut. On est libre de réaliser nos envies« , confirme Alix. Jacques s’empresse d’ajouter : « On fait surtout ce qu’on peut avec nos armes, tout en restant libre, évidemment« . Rassurez-vous les gars, c’est très bien comme ça.

Odezenne sera en tournée dans toute la France à partir de février 2022 et au Zénith de Paris le 11 février.

©Edouard Nardon & Clement Pascal

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