Dour, c’est l’amourĀ !

par | Juil 19, 2017 | Magazine

L’Ć©dition 2017 du festival belge, dont on se remet tout juste (ouch!), n’a pas fait exceptionĀ : Dour, c’est bel et bien que de l’amour.

Dire d’un festival qu’il est Ā«Ā un monde Ć  partĀ Ā», c’est souvent un peu clichĆ©. Mais que faire quand c’est vraiĀ ? Qu’Ć©crire sans tomber dans le moule gnan-gnan des Ā«Ā invitations au voyageĀ Ā» et autres Ā«Ā parenthĆØses enchantĆ©esĀ Ā», alors que, toute miĆØvrerie mise Ć  part, c’est ce qu’on a vĆ©cuĀ ? Que faire quand on se retrouve ainsi coincĆ©e dans une sĆ©rie de question pseudo-spirituelles en essayant de la jouer Ć  la Carrie Bradshaw, car on ne sait tout simplement pas par oĆ¹ commencer un article qui sera, pour sĆ»r, bourrĆ© de superlatifsĀ ? Dour a un drĆ“le d’effet sur les gens qui y participent. Les confrĆØres de Sourdoreille craquent complĆØtement et font faire leur reportage par un cĆ©leri rave. D’autres embarquent FranƧois Marry de FrĆ nƧois & The Atlas Mountains sur un stade pour lui faire interviewer des pĆ¢querettes (ok, aveuĀ : Ƨa c’Ć©tait nous avec Jafar, et la vidĆ©o arrive bientĆ“t). Certains festivaliers, enfin, s’amusent Ć  imiter le Manneken-Pis un peu partout sur l’immense site, sous le regard tendre de leurs amis. Car oui, tu as beau pisser partout dans un Ć©tat proche du lamentable ou te balader avec un lĆ©gume cru, Ć  Dour, personne ne te regardera de travers. Le cĆ©leri de Sourdoreille s’appelle Ā«Ā RaveĀ Ā», forcĆ©ment. Quant Ć  nous, on n’a pas pu s’empĆŖcher de porter le tee-shirt Ā«Ā rave upĀ Ā» d’Astropolis. CoĆÆncidenceĀ ? Pas du toutĀ : on a beau ĆŖtre allĆ© voir du rap belge, du jazz ou du garage, c’est parfois l’esprit rave qui plane sur Dour, immense festival (55 000 personnes accueillies rien que le samedi !) Ć  la programmation voulue alternative. Ā«Ā Viens comme tu veux et repars comme tu peuxĀ Ā», en somme.

Comme on est des petites natures, on n’aura vu que deux soirs de Dour, qui s’Ć©tale pourtant du mercredi au dimanche. Pas de Vald en ouverture, pas de Manu Le Malin en fermeture, donc. Mais les programmations du vendredi et surtout du samedi ont de quoi Ć©ponger les plus grandes frustrations. ƀ commencer par les New-Yorkais de Blonde Redhead, portĆ©s par une voix Ć  la Brian Molko (dans ce cas, c’est un compliment) et visuellement fascinantĀ : les jumeaux Amadeo et Simone Pace, bouclettes et barbes grises, entourent une Kazu Makino Ć  bĆ©ret et timbre lyrique, pour un tableau scotchant, incarnation du cool. Quelques morceaux nous embarquent hors du temps. Le week-end commence trĆØs bien.

Blonde Redhead / Dour Festival 2017. CrƩdit : Laurence Guenoun.

On quitte le chapiteau de la Petite Maison dans la prairie, l’une des sept scĆØnes du festival, pour filer Ć  la Caverne, anciennement appelĆ©e la Cannibale Stage. Ā«Ā CaverneĀ Ā», Ƨa fait tout de suite moins peur, et pour causeĀ : autrefois rĆ©servĆ©e uniquement aux musiques extrĆŖmes, metal en tĆŖte, la scĆØne accueille maintenant un line-up un poil plus variĆ© et plus doux. Et lĆ , on a trĆØs envie d’aller voir The Kills, avec tous nos souvenirs d’ados en bandouliĆØre. Bonne surpriseĀ : Jamie Hince a beau avoir Ć©tĆ© propulsĆ© super-star des tabloids aprĆØs son mariage avec Kate Moss, Alison Mosshart a beau avoir Ć©tĆ© dĆ©bauchĆ©e par Jack White pour le super-groupe Dead Weather, le duo n’a pas perdu ses accords sales et son charisme. Un concert sexy au possible, portĆ© par leurs nouveaux singles mais aussi, dĆØs le deuxiĆØme titre de la set-list, par d’anciennes pĆ©pites (en l’occurrence Ā«Ā U.R.A FeverĀ Ā»). Ā«Ā Tape SongĀ Ā», deux-trois mercis et puis s’en vont, le show est calibrĆ© Ć  la minute, Ć  l’amĆ©ricaine, et doit ĆŖtre exactement le mĆŖme Ć  chaque date. Mais qu’importeĀ : on a de nouveau treize ans, et mĆŖme pas honte.

Retour Ć  la Petite Maison pour (re)voir le live de TrentemĆøller. Jehnny Beth de Savages l’accompagne sur certains titres, dont le rĆ©ussi et toujours noir corbeau Ā«Ā ComplicatedĀ Ā». Mais c’est pas tout Ƨa, il est 23 heures, et il fait faim. PremiĆØre Ā«Ā pita gĆ©ante enroulĆ©eĀ Ā» du week-end, premiĆØre erreurĀ : impossible de redĆ©coller, et la fin de la soirĆ©e sera malheureusement plus marquĆ©e par l’impression d’avoir un parpaing dans le ventre que par le concert, au demeurant magnifique, de Superpoze. Demain, ce sera salade verte et c’est tout.

Camping et humour fin. Dour Festival 2017 / CrƩdit : Vanessa Coquelle.

LoupĆ©Ā : le samedi, en fait, c’est boudin blanc. Car merde, on n’est pas Ć  Dour pour manger du quinoa, ce n’est pas le genre de la maison, mĆŖme dans l’Ć©crin privilĆ©giĆ© du Bar du Petit Bois. Cet espace semi-VIP (avoir un bracelet pro permet de ne pas faire la queue pour y rentrer, mais thĆ©oriquement tout le monde a le droit d’en profiter) est un des plus mignons bars qu’on ait pu voir en festival ā€“ et promis, on en visite pas mal chaque annĆ©e, des bars. Pour s’asseoirĀ ? De la pelouse, des souches, et un unique siĆØge en forme de champignon ā€“ fun factĀ : le premier Ć  y poser ses fesses poussiĆ©reuses chaque jour a droit Ć  un verre gratos. Pour danserĀ ? Des Djs, comme Surfing Leons ou DC Salas, mixant depuis la Cabane… Parfois dans les odeurs de boudin. Car cette annĆ©e, Dour accueille Boudin Room, parodie bouchĆØre de Boiler Room. Entendre parler de Ā«Ā mise en boyauxĀ Ā» entre deux disques, et danser en mangeant un boudin blanc dans du pain beurrĆ©… C’est tellement belge que Ƨa en devient poĆ©tique.

En parlant de Belgique, Dour a mis l’accent sur une scĆØne locale qui trouve de nombreux adeptes de notre cĆ“tĆ© de la frontiĆØreĀ : la nouvelle scĆØne rap. RomĆ©o Elvis, Damso, Caballero & JeanJass, L’Or du commun, le 77… Difficile de passer Ć  cĆ“tĆ© tant ses acteurs squattent la programmation de Dour. La foule a l’air aux anges, vraiment. Nous, on attendra l’arrivĆ©e d’Henry Wu, plutĆ“t. Le live-band londonien de jazz fusion n’a pas grand-chose Ć  voir avec le 77, qui se produisait juste avant sur la Jupiler Boombox, la scĆØne hip-hop tenue ce jour-Ć  par Lefto. Peintures de Basquiat en guise de visuels, batteur exceptionnel, bassiste pro du slap, clarinette, flĆ»te traversiĆØre… Ce n’est pas tous les jours qu’un festival se permet d’accueillir un projet hybride, oĆ¹ le swing rencontre le jazz et les synthĆ©s se font organiques. Bluffant.

Pendant Meute. Dour Festival 2017 / CrƩdit : Nicolas Debacker.

What elseĀ ? Rone et son live toujours impeccable, en attendant de dĆ©couvrir son prochain album ? Meute et ses reprises en fanfares de classiques technoĀ ? Carpenter Brut qui reprend Ā«Ā She’s A ManiacĀ Ā» de Flashdance en projetant les paroles sur Ć©cran de sorte que les bourrins de la Caverne puisse chanter tout Ƨa en choeurĀ ? FrĆ nƧois & The Atlas Mountains et ses chorĆ©s sur Ā«Ā Le Grand DĆ©rĆØglementĀ Ā»Ā ? Ou AZF, en toute fin de soirĆ©e, qui nous fera danser comme des forƧats sur sa techno peu avare en BPMs et coups de poingsĀ ? La scĆ©no de la Red Bull Elektropedia Balzaal hyper impressionnante ? Non, le what else, ce sont les innombrables festivaliers le sourire aux lĆØvres, le personnel de la sĆ©cu adorable quelque soit l’heure de la nuit, les Ā«Ā doureuuuhĀ Ā» hurlĆ©s Ć  la Lune. Une ambiance et une bienveillance rare entre participants. Et un village oĆ¹ s’organisent des concours d’enfilage de capotes et autres activitĆ©s Ć“ combien intellectuelles. Et un manĆØge-qui-fait-peur. Que de l’amour on vous dit.

Meilleur momentĀ : Ā«Ā BoraĀ Ā» remaniĆ© chez Rone, toujours un magnifique moment.

Pire momentĀ : la traditionnelle grippette-post-Dour, en pleine canicule, et un live de Phoenix un peu planplan.

Nous, lundi matin. Dour Festival 2017 / Nicolas Debacker.

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