Lion’s Drums, qu’on connaît aussi sous son projet Abstraxion, livre un album tout droit sorti de la jungle colombienne, intitulé du même nom que la tribu qui l’a accueilli : Kagabas. Conçu à partir de field recordings, ce disque inspire le voyage et le besoin de reconnexion avec la nature dans notre époque hyperconnectée.
Harold, alias Abstraxion, alias Lion’s Drums, est un nom français qu’on entend résonner depuis maintenant plusieurs années dans le paysage électronique international. Pour dire, on vous en parlait déjà en 2016 et même en 2014. Fondateur du label Biologic Records, qu’il co-gère avec le Belge DC Salas depuis 2005, une sortie notoire en 2013 sur Other People, le label de Nicolas Jaar, mais ce n’est qu’en 2018 que son projet Lion’s Drums n’éclot et qu’un disque voit le jour sur le label de John Talabot Hivern Discs.
Depuis, Lion’s Drums a fait un long voyage qui l’a mené, en 2019, jusqu’au fin fond de la Colombie, au milieu du peuple autochtone des Kagabas, où il a enregistré cet album qui porte son nom et sort aujourd’hui. Une série de chants traditionnels couplés à l’empreinte musicale rythmée et rugissante de cet artiste dont l’alias semble en parfaite adéquation avec cet album, et dont tous les bénéfices seront reversés à l’association Nativa qui œuvre pour la préservation du patrimoine écologique de cette région.
« Ces chants sont une manière de préserver une connexion entre les humains et l’environnement. »

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« En mai 2019, j’ai enregistré un album en allant dans un village autochtone Kagabas qui se trouve dans la Sierra Nevada près de Santa Marta en Colombie, nous raconte Harold à propos de la genèse du projet. J’avais entendu en amont un podcast sur une radio où justement un des mamas – les guides spirituels – du village parlait et lançait un signal d’alarme autour des inquiétudes qu’il voyait et qu’il sentait sur les dynamiques destructrices de notre société. J’avais été touché par ce que j’avais entendu et j’ai envoyé un message à Franz Flores de Nativa en expliquant que j’avais été touché et que je serais intéressé, sous n’importe quelle forme, de transmettre ce signal, jusqu’à même venir enregistrer quelque chose. Suite à ça, Franz, qui échange avec eux depuis 15 ans, a transmis ma demande. Ils se sont réunis, ont validé ma venue mais dans un cadre précis, c’est-à-dire que je ne pouvais pas rester plus d’une semaine. Eux avaient envie de transmettre leurs chants spécifiques à propos d’une connexion qu’ils ont avec l’environnement qui les entoure. »
« Pour eux et pour moi, la musique permet aussi de bien vivre la nature, de la respecter, de la célébrer.«
Un album où la musique et la nature se connectent et nous permettent de renouer avec des valeurs d’équilibre et d’apaisement vis-à-vis de soi, et du monde : « Pour eux et pour moi, la musique permet aussi de bien vivre la nature, de la respecter, de la célébrer. Par exemple, la chanson avec le serpent est aussi une manière d’apaiser le sentiment de peur qui peut émaner du danger que représente le reptile. Ces chants sont une manière de préserver une connexion entre les humains et l’environnement. »
Car c’est aussi tout l’enjeu de cet album : une prise de conscience face à l’urgence climatique que nous adressent ces hommes et ces femmes, rattachés depuis des milliers d’années à la nature, leur environnement quotidien, de manière directe et spirituelle : « Les Kagabas sont une communauté qui existe depuis plus de 5 000 ans, tandis que la notre en tant qu’Occidentaux date de seulement 2 000 ans environ. Eux, se voient comme des grands frères. Ils ont un système indépendant qui marche et ont un rapport intéressant à la nature : ils ne sont pas dans un rapport de domination vis-à-vis d’elle, au contraire, s’ils lui prennent quelque chose, ils vont essayer d’en rendre l’équivalent, pour ne pas perturber les échanges, que ce soit entre les humains, les animaux ou la terre elle-même. »
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« J’ai essayé de faire cet album en partant avec le moins d’idées préconçues possibles, de rester ouvert aux choses qui pouvaient arriver.«
C’est aussi un retour à l’humilité, en tant qu’homme et vis-à-vis du monde naturel si précieux qui nous entoure. On le ressent dans le résultat comme dans le processus de création de cet album. Une ouverture totale pour une reconnexion par la musique : « J’ai essayé de faire cet album en partant avec le moins d’idées préconçues possibles, de rester ouvert aux choses qui pouvaient arriver. »

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