Léonie Pernet, l’intranquille

par | Sep 21, 2018 | Magazine

Quatre ans après son premier EP, l’inclassable multi-instrumentiste Léonie Pernet livre enfin Crave, premier album entre indiscipline et exigence, pop électronique et downtempo angoissé. Et surtout, une réussite. 

Il aura donc fallu attendre quatre ans pour que Léonie Pernet donne suite à Two Of Us, son fascinant premier EP sorti chez Kill The DJ. Quatre longues années où son premier album était annoncé à intervalles réguliers. Sans que rien n’arrive. Ou presque. Des participations aux BO des films Bébé tigre et Marvin, quelques DJ-mixes engagés, notamment dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, une participation à notre Tsugi radio, des tournées où elle tenait la batterie pour Yuksek… jusqu’à la sortie avant l’été du clip coup-de-poing de « African Melancholia », montrant l’errance parisienne de Mohammed Mostafa, un jeune réfugié soudanais. « C’est de la folie, n’est-ce pas, tout ce temps ? Bon, c’est d’abord une question de méthode de travail, concède la musicienne en souriant. Je n’en ai pas. Et j’en avais encore moins il y a quatre ans ! Je travaille sans cahier des charges. Je pars toujours d’une feuille blanche, jamais d’un beat ou d’un sample. Je joue de plusieurs instruments, donc de nombreuses possibilités s’offrent à moi. » Cette abondance de choix finit par lui jouer des tours. « J’étais en roue libre totale. J’avais beaucoup de bouts de morceaux, les terminer fut long et difficile. Je crois surtout que je n’étais pas dans la réalité. Si mon morceau faisait 1’30 », c’était bon. J’avais l’essence du titre, et je ne comprenais pas bien l’importance de toute la partie ardue et laborieuse de la composition. Donc je passais d’un bout de morceau à un autre sans les achever. Sans compter que l’on m’a volé deux ordinateurs en quatre ans, qu’à certains moments je ne travaillais pas assez ou que je ne savais pas comment travailler. J’ai aussi repris ma vie en main depuis un an, je vis plus sainement. Cela m’a aidée. »

Éloge de la minutie

Mais à parler de ses défauts de méthode, Léonie Pernet oublierait presque de mentionner ses qualités, musicales bien sûr, et surtout la minutie extrême avec laquelle elle a abordé Crave. « J’ai passé un temps de malade sur mes sons, sur l’écriture et la structure. Avant d’arriver à ‘African Melancholia’, j’ai finalisé 22 versions différentes. Quand je trouve ma boucle, ma mélodie, au lieu de continuer et d’empiler les couches, je joue. Quand j’enregistre par exemple avec un clavier-maître, je vais tout jouer jusqu’au bout. Si j’ai huit fois les huit mesures de la même chose, je vais les jouer au lieu de faire un simple copier-coller. C’est un tic de musicienne, pas de productrice. J’aime jouer, improviser. L’enregistrement, la technique, ça me broute. » Sans compter que le travail de studio s’est déroulé (presque) en solitaire, sans partenaire capable de l’aiguiller dans les moments de doute et de faire la part des choses. « J’ai beaucoup tourné en rond. Parfois, un conseil d’un proche débloquait la situation, mais cela ne fonctionnait que quand j’étais bien avancée, sinon c’était mes oreilles, en qui j’ai confiance. J’ai souvent eu des morceaux dans les morceaux, et parfois la seule solution était de prendre du recul. » Être une perfectionniste, sévère envers elle-même, peut compliquer les choses, même si le résultat final, conforme à sa vision de départ, la rend particulièrement fière.

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Crave, sortie le 21 septembre sur InFiné.

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